Par Redaction | ven, 27/04/2012 - 15:57
Un nouveau mensuel turc, Âlâ, fondé il y a moins d’un an, connaît déjà une certaine audience auprès d’un public féminin. Celui-ci assume sa pratique religieuse et l’ancre dans la société de consommation d’aujourd’hui, à travers la mode notamment.
Âlâ - «beauté», en ottoman - s’est déjà fait une place parmi les magazines féminins. Dans ses pages au papier luxueux, le magazine propose des photos de mannequins, vêtues selon les canons de la mode «tesettür» (voilée), mais aussi conseils santé, entretiens avec des célébrités ou encore pages voyage. Âlâ ne cache pas un certain militantisme : «Voilée is beautiful» clame l’une de ses publicités, scandant en sous-titre «ma voie, mon choix, ma vie, ma vérité, mon droit». Ces slogans ressemblent à un hommage aux luttes du passé, quand la laïcité était appliquée avec toute sa rigueur anti-religieuse.
Une nouvelle ère pour les femmes voilées
Rédactrice en chef d’Âlâ à 24 ans, Hülya Aslan a connu ces temps difficiles. A cause de son foulard, elle a été contrainte de renoncer à l’enseignement supérieur et trouver un travail dans la banque. «Maintenant, il y a une normalisation, une amélioration. Désormais, nos camarades voilées peuvent entrer à l’université et ont davantage d’opportunités professionnelles. Depuis cinq ou six ans, on peut dire qu’on a passé le cap», affirme la jeune femme. L’heure est donc à l’affirmation de soi, et le monde de la mode a compris qu’il y avait là un marché porteur. «Il y a maintenant des choses beaucoup plus jolies qu’avant. Les créateurs ont enfin compris qu’on existait», commente Merve Büyük, 22 ans, stagiaire à Âlâ .
Concilier le religieux et la société de consommation
Le magazine, créé par deux publicitaires, entend bien profiter de cette vague de fond, qui lui assure de gros revenus publicitaires. «Avec cette revue, nous disons que les femmes voilées peuvent suivre les tendances, qu’il y a de plus en plus de produits sur le marché», déclare Hülya. Pour la spécialiste des sciences de la communication Nilgün Tutal, Âlâ et ses mannequins attestent de la montée en puissance, à la faveur des années Erdogan et d’une croissance économique soutenue, de classes moyennes et supérieures musulmanes, mais aussi de leur adaptation aux valeurs de la société de consommation. «A une époque, l’Islam, pour se distinguer de l’Occident, a pris des positions hostiles à la société de consommation. Mais aujourd’hui, ces populations, pour exprimer leur réussite, ne peuvent le faire qu’au travers de la société de consommation», analyse la chercheuse de l’université stambouliote de Galatasaray.
Paris
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