Par NICOLAS THEODET | jeu, 19/01/2012 - 10:52
Au moment où le footballeur Eric Cantona attirait l’attention des candidats à l’élection présidentielle sur la question sensible de l’habitat, la hausse des demandeurs de logement inquiète les associations. Près de dix millions de Français souffrent déjà de « mal-logement » d’après la Fondation Abbé-Pierre.
La lettre d’Eric Cantona, envoyée aux maires de France afin de récolter 500 signatures pour mieux faire parler du logement, a été visiblement prise au sérieux par les hommes politiques, en pleine campagne présidentielle. Soutenu par la Fondation Abbé-Pierre dans son projet, l’ex-footballeur professionnel s’est engagé depuis plusieurs années déjà sur le terrain des logements défectueux, pour lesquels il avait déjà tourné un spot en 2010. Aujourd’hui, selon les chiffres donnés par Patrick Doutreligne, porte-parole de la Fondation Abbé-Pierre, dans un entretien à Zaman France, « près de dix millions de personnes souffrent du mal-logement, d’autant plus qu’il faudrait construire près de 900.000 habitats ». En cause, la précarité des édifices devenus vétustes au fil des années et que les mairies ou les propriétaires laissent à l’abandon. Le recours devant les commissions montre une forte augmentation des demandes de logements sociaux, 48.341 en 2008 contre 69.250 en 2010 selon les chiffres de l’Ile-de-France. Cette augmentation laisse entrevoir un besoin grandissant de la part de la population, qui devient de plus en plus dépendante des aides. « Avec les prix actuels, les loyers représentent 26 % du budget d’une famille », constate ainsi Patrick Doutreligne. En cause, les difficultés à se loger normalement et sainement dans des appartements accessibles financièrement sur le marché de l’immobilier. Se loger devient de plus en plus dur, comme en atteste la flambée des prix dans l’immobilier. Selon le porte-parole de la Fondation Abbé-Pierre, les prix de l’immobilier ont augmenté de 110 %, la taxe foncière de 130 % et le loyer de 50 %. A Paris, le prix du mètre carré s’élève en moyenne à 8150 euros. Il est donc devenu extrêmement dur de se loger dans la capitale. Les étudiants sont obligés de partir loin en banlieue ou comme certains, de squatter dans des immeubles vides de la capitale. D’après le porte-parole de la Fondation, « 135.000 logements seraient vides au sein de la capitale ».
Les quartiers défavorisés sont de plus en plus instables
Mais ce fléau touche aussi une partie de la population défavorisée au sein des banlieues. Des immeubles se délabrent, car ils ne sont pas rénovés depuis les années 50 et le terme de « ghettoïsation » est même couramment employé pour parler de la dégradation des édifices. « Ces gens et leurs quartiers sont oubliés. A force de se sentir exclu du monde, il est évident que ça craque, comme les émeutes de 2005 », déclare Patrick Doutreligne. Dans ces logements défectueux, on ne retrouve pas les trois critères qui peuvent définir l’appartement comme habitable : la garantie physique de l’habitant, l’absence de risque sanitaire et des conditions de vie saines et normales. « Lorsqu’un ascenseur tombe en panne, il faut attendre deux mois », ajoute Patrick Doutreligne. Les prix des loyers en centre-ville entraînent nécessairement des difficultés à se loger près de son lieu de travail. Quandant à la crise actuelle, qui n’épargne pas l’immobilier, elle a contribué à dégrader la qualité de vie des Français.
