15 ans après, que reste-t-il du coup d’Etat du 28 février ?

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L’affaire Ergenekon et l’arrestation des militaires impliqués dans ce complot politique ne doivent pas occulter les précédents coups d’Etat, comme celui du 28 février 1997, dont c’est le quinzième anniversaire. Pour le chroniqueur Mümtaz’er Türköne, le 28 février, qualifié de coup-d’état post-moderne, « n´était pas un accident, c´était un processus ».

La semaine dernière, qui marquait le 15e anniversaire du  coup d’Etat  postmoderne déclenché sur la base de la décision du Conseil de sécurité nationale du 28 février 1997, a relancé la confrontation de la Turquie avec son passé. L´agenda du 28 février est très tendu, car les restes du dernier  coup d’Etat  militaire se sont évanouis dans le passé. La période des coups-d´état s´est achevée. Les acteurs sociaux et personnalités, incluant l´armée, n´ont aucun doute à ce propos. La confrontation est vraiment intense car il n´existe aucune possibilité que ces putschs puissent être réitérés. Le 28 février, une vaste coalition a renversé le gouvernement qui avait alors été élu démocratiquement. Un nouveau gouvernement a été formé par le biais d´un jeu politique. Ce coup d’Etat, qui utilisa le Conseil de sécurité national comme base, a mobilisé une partie de la société civile, des médias et plus important encore, les cercles d´affaires. Il devient évident que l´objectif de cette opération était d´encourager la croissance des pratiques bancaires populaires de spéculation, ce qui était extrêmement utilisé à l´époque. Les banques changèrent de mains, de nouvelles furent établies et l´économie s´écroula à cause d´une corruption extrême. En 2000 et 2001, la Turquie a vécu une crise économique majeure. Quinze ans après le coup d’Etat, ceux qui contrôlaient les médias à l´époque essayent maintenant de se disculper.

L’impunité des instigateurs du 28 février
L´Association de l´industrie et du commerce turc (TUSIAD), par exemple, qui représente les propriétaires de gros capitaux, nie maintenant le rôle qu´elle a joué. Le 28 février n´était pas un accident, c´était un processus. Cela a été appelé un coup d’Etat postmoderne car il a impliqué des leaders politiques et du monde du commerce, en plus des forces armées. Ce putsch a aussi utilisé des techniques de guerre psychologique. La société était manipulée à travers de faux accidents et provocations. Les médias en ont préparé la base psychologique. Des violations fréquentes des droits de l´Homme ont été perpétrées tout au long de ce processus. Les gens furent enfermés pour leur point de vue. La structure judiciaire a été détruite. Les assurances vie, sur les propriétés et l´honneur, furent systématiquement éliminées. Aujourd´hui ces crimes pourraient être élucidés, preuves à l´appui. L´arrestation de 59 généraux, dont l´ex-général en chef du personnel, démontre combien la possibilité d´un nouveau putsch est minime. C´est la première explication de cette volonté actuelle de se confronter aux évènements du 28 février. Néanmoins, les essais pour s´occuper de ses instigateurs n´ont pas encore atteint les vrais cerveaux. Considérant que les procureurs ont lancé une enquête sur le coup-d´état de 1980, il est étrange que ceux qui ont instigué celui du 28 février soient restés indemnes. Serait-ce parce qu´une telle enquête pourrait aussi toucher la société civile ?  

Une page politique est tournée
Prenant en compte le fait que de nombreux civils ont été placés en détention dans le cadre de l´affaire Ergenekon, la raison doit en être différente. Le 28 février a été organisé par une coalition massive qui comprenait de nombreux civils et l´ancien président Süleyman Demirel. Mais les crimes commis furent personnels et individuels. Parmi ces crimes, se trouve la déclaration d´un nombre de journalistes déformant les propos d´un dirigeant du PKK par le biais des collaborateurs du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK). Les choses doivent changer afin que l´on puisse s´assurer que le coup d’Etat du 28 février soit jugé par un tribunal. Cela devrait mener aux mêmes conclusions que l´enquête Ergenekon. Le putsch du 28 février n´a pas rencontré de grande résistance de la part de la société ou des politiques. Il est ironique que le dirigeant du Parti du Bien-être (RP), qui représentait les milieux conservateurs de Turquie, soit resté au pouvoir en qualité de Premier ministre alors même que les personnes religieuses ont du subir des traitements injustes. Et ceci explique pourquoi le coup d’Etat n´a pas rencontré de mouvement de résistance. En ce quinzième anniversaire du 28 février, la démocratie et l´ordre judiciaire ont été établis de manière si forte qu´ils seraient désormais impossibles à détruire maintenant.

Paris

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