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Ankara et la coalition lancent une offensive contre Daesh

Les forces turques et les avions de la coalition internationale ont lancé leur première offensive coordonnée contre Daesh dans le nord de la Syrie, mercredi, pour tenter de repousser les djihadistes loin de la frontière turque. La Turquie vise également à empêcher les miliciens kurdes de poursuivre leur progression. 

Mercredi, Août 24, 2016 - 11:00
cerablus
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Les forces spéciales turques ont lancé mercredi une offensive contre Daesh (EI) à la frontière syrienne avec l'appui de l'aviation et de la coalition formée par les Etats-Unis pour combattre le mouvement djihadiste. 

"A 04h00 ce matin, des opérations ont débuté dans le nord de la Syrie contre des groupes terroristes qui menacent constamment notre pays, tels que Daech et le PYD", a dit le président Erdogan. 

"Bouclier de l'Euphrate", du nom du fleuve proche du théâtre des combats, est la première grande opération militaire turque depuis le putsch manqué.

L'artillerie turque avait auparavant ouvert le feu vers 01h00 GMT en direction de Djarablous, ville tenue par l'EI du côté syrien. Des avions turcs et américains ont également bombardé le secteur. L'aviation turque n'est pas intervenue dans le conflit syrien depuis la destruction d'un chasseur russe, en novembre.

Les images de CNN Türk diffusées en direct et tournées depuis la ville frontalière de Karkamis, côté turc, montrent des nuages de fumée s'élevant au-dessus de cette zone du nord-est de la Syrie. On y voit par ailleurs des chars turcs prendre position à la frontière, sans la franchir, et ouvrir le feu.

L'artillerie a visé 70 cibles et des raids aériens ont été menés contre une douzaine de positions de l'EI, tandis que des membres des forces spéciales passaient la frontière.

"L'objectif de l'opération est d'assurer la sécurité à la frontière et l'intégrité territoriale de la Syrie tout en soutenant la coalition emmenée par les Etats-Unis dans son combat contre l'Etat islamique", a-t-on déclaré, ajoutant qu'il s'agissait également d'ouvrir la voie à une opération terrestre.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu s'est engagé lundi à éradiquer totalement Daesh des zones frontalières de la Syrie après l'attentat attribué à l'organisation djihadiste qui a fait 54 morts, dont 22 enfants, samedi à Gaziantep. 

Arrêter les Kurdes, une priorité pour Ankara

Le gouvernement turc, qui s'inquiète des succès des Unités de protection du Peuple (YPG), la branche armée du PYD, filiale du PKK en Syrie, a en outre promis d'apporter toute l'aide nécessaire aux rebelles syriens qui s'apprêtent à donner l'assaut à Djarablous pour leur barrer la route.

La milice s'est emparée mardi de la quasi totalité d'Hassaka, dans le même secteur, où ils ont infligé une sévère défaite aux forces progouvernementales.

Les YPG, pièce maîtresse de la campagne américaine de lutte contre le EI, tiennent une bonne part du nord de la Syrie, région qui jouit d'une autonomie de fait depuis le début du conflit, et militent pour l'instauration d'un régime fédéral afin de préserver cette autonomie, dans le cadre d'un règlement du conflit.

Elles contrôlent une bande de 400 km le long de la frontière turque, qui va de la frontière irakienne à l'Euphrate, ainsi qu'une poche appelée Afrin dans le Nord-Ouest syrien. Avant la prise d'Hassaka, les miliciens kurdes avaient déjà obtenu une grande victoire le 12 août en reprenant Manbij, 40 km au sud de Djarablous, à l'EI, sous la bannière des Forces démocratiques de Syrie, l'alliance soutenue par les puissances occidentales à laquelle ils appartiennent.

A Ankara, on redoute que leurs succès n'attisent les ambitions de leurs frères turcs du Parti des travailleurs du Kurdistan, qui ont repris les armes en juillet 2015 lorsque que le président Recep Tayyip Erdogan s'est lancé dans une "guerre synchronisée" contre l'EI et les terroristes du PKK.

Le chef de la diplomatie, Mevlüt Cavusoglu, a sommé les combattants kurdes, qui multiplient les victoires dans le nord de la Syrie, de se replier à l'est de l'Euphrate, faute de quoi la Turquie "fera le nécessaire".

Damas condamne une violation de sa souveraineté

A Damas, le ministère syrien des Affaires étrangères a condamné l'incursion militaire turque, parlant d'atteinte à la souveraineté du pays, a rapporté la télévision officielle syrienne.

Côté kurde, Saleh Mouslim, chef du Parti de l'Union démocratique (PYD), a déclaré sur Twitter que la Turquie mettait en Syrie le pied dans un "bourbier" et risquait d'y subir une défaite, tout comme l'EI. La milice kurde YPG a parlé d'"agression flagrante dans les affaires intérieures de la Syrie".

Le vice-président américain, Joe Biden, est arrivé en Turquie quelques heures après le début des opérations. Il est le plus haut responsable américain en visite dans ce pays depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet.

Un haut responsable de l'administration américaine accompagnant Joe Biden a indiqué que Washington souhaitait aider la Turquie à chasser l'EI des zones frontalières et fournissait un appui aérien aux Turcs. Les pilonnages, a-t-il dit, frappent l'EI et non les forces kurdes.

La Turquie et les Etats-Unis espèrent qu'en chassant l'EI du secteur, ils pourront priver l'organisation d'une voie par laquelle, de longue date, elle reçoit des combattants étrangers et des financements grâce à divers trafics.

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