Apprentissage de l'arabe : des motivations culturelle et religieuse

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En France, apprendre l’arabe répond principalement à deux motivations de la part des élèves : l’accès aux sources islamiques et la maîtrise des codes culturels arabes. Si les étudiants d'origine maghrébine restent majoritaires dans l'étude de cette langue, ils ne sont plus les seuls à s'y intéresser, dans un contexte marqué par le changement de regard apporté par le printemps arabe.

«J'ai choisi d'étudier l'arabe pour mieux comprendre l'islam». A 25 ans, Réhan Attari, ingénieur d'étude informatique a décidé de s'inscrire cette année à l'Institut français d'études et de sciences islamiques de Boissy-Saint-Léger, dans le Val-de-Marne, pour y apprendre la langue arabe. Comme beaucoup d'étudiants passionnés par cette discipline, la volonté de mieux connaître l'islam et d'accéder à la langue du Coran figure parmi ses principales motivations. «Les prières et les invocations se font en langue arabe. Pour avoir une sincérité et une compréhension réelle de ces paroles et des valeurs qu'elles portent, il est nécessaire d'apprendre cette langue» explique Réhan qui souhaite par la suite s'orienter vers l'étude des textes religieux. Si ce jeune homme d'origine pakistanaise voit aussi dans la langue arabe le moyen de s'ouvrir énormément «de portes d'un point de vue culturel et professionnel», il se réjouit déjà de «comprendre quelques mots du prêche du vendredi». 
 
Bouche à oreille et réputation
Fait intéressant ces dernières années, le profil type des étudiants en langue arabe s'ouvre de plus en plus. Avec un effectif encore composé logiquement et majoritairement d'élèves d'origine maghrébine soucieux de se réapproprier leur culture d'origine, d'autres élèves ont fait également le choix de l'arabe. «On a pas mal de francophones qui viennent et qui pensent qu’ils sont tout autant capables et qui réussissent» témoigne sous l'anonymat F.C., professeur agrégé de langue arabe en province. «Ça marche beaucoup au bouche à oreille, cela va dépendre du professeur, de sa réputation» ajoute l'enseignant. Pour ces francophones, les motivations varient davantage. «Il y a des parents qui ont vécu au Maroc, en Algérie, dans un cadre professionnel ou entrepreneurial comme pour les diplomates. Les enfants ont conservé cet attachement à la langue arabe et veulent maintenir le lien» explique le professeur agrégé. D'autres expriment une fascination liée à la culture arabe et à l'islam ; «ou alors ils ont des amis d'origine arabe et ils veulent par curiosité découvrir cette culture».
 
Des Arabes athées qui prononcent «inch’Allah» !
Pour F.C., ce qui demeure essentiel dans la transmission et l'appréhension de l'arabe, c'est le rapport inextricable entre cette langue et la culture qui la porte. «On sait très bien aujourd’hui que la langue arabe baigne dans l’islam, c’est très clair et c’est transmis. Cela crée même des expressions relatives à cette période. Au-delà du savoir-faire, cela fait partie du savoir-être» explique-t-il. Cette dimension culturelle et religieuse de la langue apparaît à travers des expressions quotidiennes rentrées dans l’usage courant. «Quand je leur apprends [aux élèves, ndlr] "inch’Allah" ou ce qu’il faut dire en sortant de chez le coiffeur, à la base ce sont des expressions religieuses. Aujourd’hui, il y a des Arabes athées qui prononcent "inch’Allah", c’est rentré dans la langue» poursuit l’enseignant. Selon F.C., la vision consistant à bannir la culture qui porte cette langue, un temps en vogue dans les milieux universitaires, n’est plus d’actualité. «Il faut aussi transmettre ces codes. Même appliquée au monde du travail, la culture garde toute sa place dans les nouvelles méthodes d’enseignement» ajoute-t-il. La langue arabe est très tributaire de facteurs subjectifs assure le professeur et s’insère dans un contexte pédagogique qui n’est jamais déconnecté du réel. Ainsi, les printemps arabes ont radicalement changé la façon dont l’arabe est perçu. «On n'a plus du tout la même représentation dans le grand public du monde arabe. Quand on change les mentalités, on change la langue, même si les choses ne sont pas automatiques et qu’il y a une période de latence» commente F.C.    
Paris

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