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Attentats de Bruxelles : la nécessaire unité nationale contre la barbarie

Saïd Derouiche est hypnothérapeute à Bruxelles. Ce matin du 22 mars 2016, il se rendait à son cabinet pour recevoir ses patients. Mais le destin en aura décidé autrement. Récit d'un homme blessé mais qui reste malgré tout confiant en l'avenir.

Mardi, Mars 22, 2016 - 15:40
Attentats Bruxelles
Attentats Bruxelles

Mardi, c’est ma journée de consultation sur Bruxelles. Il est 9h30, je suis dans le train. Comme souvent je suis sur mon smartphone le temps du trajet. Et je commence à lire des «flashs info» sur mon fil d’actualité Facebook : Zaventem, l’aéroport national a connu deux explosions ! On parle d’un mort… et quelques blessés. Je ne savais pas à ce moment là que c’était le début d’un véritable carnage…

Quelques minutes plus tard, c’est la station de métro de Maelbeek, non loin du Quartier Européen qui est touchée. C’est un sentiment très étrange que d’être dans le train en direction de Bruxelles alors que la Capitale de l’Europe est attaquée !

Je lis que toutes les lignes de métro de Bruxelles sont fermées, je regarde alors quelle ligne de bus prendre pour me rendre au cabinet... En fait, on est passé au niveau 4 en matière d’alerte sécurité. Le train a dû s’arrêter à Braine-l-l’Alleud, l’arrêt avant Bruxelles-Midi, et été immobilisé «jusqu’à nouvel ordre». Finalement, il a obtenu l’autorisation… de faire demi-tour ! Ce qui est sans doute la meilleure chose puisqu’à Bruxelles c’est le chaos total ! Des amis me signalent qu’ils y sont bloqués. Le fait d’avoir dû annuler mes consultations est bien évidemment accessoire au cours de cette journée qui s’annonce lourde et dure.

Saïd Derouiche.

Après l'émotion, le temps de la réflexion

Ensuite, je vois en direct, toujours via Facebook, des amis qui étaient présents sur les lieux, en pleurs, filmant le triste spectacle, avec des corps jonchés sur le sol… Bref, c’est un climat de guerre qui défile sur mon fil d’actualité Facebook !

Un autre ami me signale qu’il a entendu la déflagration à Maelbeek, ligne sur laquelle il était, il venait d’arriver à la station suivante ! Le choc est terrible. Car à ce moment, on se demande si c’est fini ou si d’autres actes coordonnés sont en attente…

J’ai assisté à tout cela sans être rentré dans Bruxelles et j’ai été très touché. Je peux imaginer le niveau d’émotion qu’il y avait à l’intérieur de la capitale. J’évite de commenter «à chaud» sur les causes et les responsabilités éventuelles et me contente d’une pensée profonde pour les victimes :

Lire son fil d'actualité dans le train en direction de Bruxelles... Une journée noire s'annonce...Pensées profondes...

Posté par Saïd Derouiche sur mardi 22 mars 2016

Il y aura une deuxième phase après l’émotion : le débat et les discussions.

Forcément je ne peux pas être rassuré. Je le disais après les attentats de Paris : « … et il y en aura encore beaucoup ! »

Non pas que je suis pessimiste, mais nous avons tous les ingrédients pour que ça continue, et les responsabilités sont multiples.

Il y a, bien évidemment, la géopolitique où nos gouvernements sont impliqués dans des guerres loin de chez nous, et dont nous subissons des dommages collatéraux. J’évoque bien évidemment la Syrie (et la Libye précédemment).

Les liaisons dangereuses de la diplomatie européenne

Voici le genre de commentaire que l’on peut lire sur les réseaux sociaux : «Vous armez les terroristes, et vous vous étonnez ensuite qu’ils nous attaquent chez nous ! » C’est sans doute plus complexe que ça, mais il y a du vrai dans le sens où combattre Daech (sans être alliés à al Assad) nous ramène à être alliés avec al Qaïda ou Jabat al Nosra. Je ne dis pas qu’il faut s’allier à al Assad, mais en arriver à trouver normal d’être alliés à d’autres groupes terroristes m’interpelle forcément.

Ensuite, il y a les alliances, accords diplomatiques et commerciaux avec certains États du Golfe – l’Arabie Saoudite notamment, dont un prince fut récemment honoré de la Légion d’Honneur –, qui diffusent un islam très rigoriste. Un islam qu’on peut retrouver dans des livres en vente libre, «dans n’importe quelle bonne boucherie halal». Qu’on le veuille ou non, il y a un islam – au mieux rétrograde, au pire violent – qui existe, et qui génère un terreau d’individus à même de passer à l’acte. Une poignée suffit, pour éviter d’être accusé de créer des amalgames.

Et l’avenir ?

Et puis il y a ces intellectuels musulmans qui nous disent qu’il y a plusieurs courants en islam, plusieurs interprétations, plusieurs lecture possibles, plusieurs écoles, et qu’à défaut d’être d’accord avec certains [courants] on devrait accepter la pluralité des opinions, que ceux-ci constitueraient une richesse (sic) !

Je ne suis pas rassuré parce que j’ai ce sentiment, qu’à un niveau systémique, on ne pouvait arriver à rien d’autre que ce que nous connaissons aujourd’hui en termes de contradictions et de violence : prôner des valeurs humanistes, et malgré tout accepter tout ce qui mène au chaos, tout en se rejetant la balle. Et cela peut durer encore bien longtemps.

J’observe quand même une certaine unité nationale contre la barbarie, et finalement c’est ce qui me rassure, c’est ce qui m’apaise. Bien plus que nos politiques, bien plus que ces religieux, qui ont TOUS lamentablement échoué.

Tous unis contre les criminels et désaveux total envers ceux qui ont une part de responsabilité.

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