Au Nigeria, la violence n’est pas religieuse

La vague d’attentats et de violences perpétrés depuis Noël contre les chrétiens du Nigeria, suivie de représailles contre les populations musulmanes, n’aurait pas de fondement confessionnel, mais économique et géographique d’après le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

Pays le plus peuplé du continent africain et deuxième PIB d’Afrique, le Nigeria s’enlise dans un conflit aux dimensions politiques et économiques, souvent faussement justifié par un conflit religieux. Or, ce sont plutôt les différences sociales causées par les différences régionales du pays qui provoquent de nombreux attentats sur le sol nigerian. Le Nigeria est en effet l’un des pays les plus pauvres du monde. 92 % des Nigerians vivent avec moins de deux dollars par jour malgré une forte production centrée sur le pétrole. Il s’agit du second pays africain à détenir le plus gros PIB (247.690 millions de dollars) entre l’Afrique du Sud (422.581 millions) et l’Egypte (231.000 millions), selon le dernier classement du Fonds monétaire international.

Un fossé social entre les riches et les pauvres
Mais le Nigeria est aussi un des pays les plus victimes de la corruption. Selon l’ONG Transparency International, il se situerait à la 130e place sur 180 possibles. « C’est une des sources du conflit », déclare Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur spécialisé sur le continent africain, dans un entretien à Zaman France. « Cela est lié aux gouverneurs des provinces qui ne font pas circuler l’argent donné par l’Etat », ajoute-t-il. En 1969, le gouvernement lance un décret pour nationaliser tous les puits du sol nigerian, entraînant la création du Nigerian National Petroleum Company (NNPC) qui regroupe près de 60 % des revenus du pétrole. L’Etat devient dès lors dépendant de l’or noir, entraînant de fortes luttes pour le pouvoir et de graves actes de corruption. L’industrie pétrolière est un vecteur des problèmes séparant les Nigerians. Le pays a vu naître une nouvelle élite, constituée de 90 % d’ouvriers pétroliers qui ne représentent eux-mêmes que 8 % des travailleurs. Le Nigeria a également laissé à l’abandon le secteur agricole du nord. « Cela a créé de fortes inégalités entre le nord et le sud », analyse M. Pérouse de Montclos, « le ressenti des populations est donc fort et engendre d’importantes tensions », précise-t-il.

« Il n’y a aucun conflit entre musulmans et chrétiens »
Les puits de pétrole se trouvent ainsi dans les provinces du sud, alors que l’agriculture est située sur les plateaux du nord. Les récentes attaques du 25 décembre 2011 ont d’ailleurs eu lieu à la frontière des deux « régions », dans la ville de Jos, où la secte Boko Haram devient très active. « Avec le mécontentement, les populations délaissées se rapprochent de cette secte, qui prend de plus en plus d’ampleur », constate le spécialiste. Cependant, Marc-Antoine Pérouse de Montclos relativise : « Comparée au nombre d’affrontements depuis les années 80, la violence au Nigeria est en baisse », dit-il, même s’il craint « des représailles ». Les propos apaisants du sultan de Sokoto (nord), Muhammad Sa’ad Abubakar, le plus haut dignitaire musulman du pays, qui a déclaré : « Je veux assurer à tous les Nigerians qu’il n’y a aucun conflit entre les musulmans et les chrétiens, entre l’islam et la chrétienté », lors de sa rencontre avec Jonathan Goodluck, le président actuel du Nigeria, représentent en tous les cas un geste fort dans la bonne direction et un démenti à tous les fauteurs de guerre. 

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