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Azzedine Gaci : «Il est plus que temps d'établir un dialogue intrareligieux entre musulmans»

De nombreuses polémiques entourent le financement de l'Institut français de civilisation musulmane qui doit se construire à Lyon. Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane, à Villeurbanne, et ancien président du CRCM Rhône-Alpes, revient avec nous sur ce projet et sur la situation du culte musulman dans la région.

Mardi, Juillet 12, 2016 - 16:22

La métropole a accepté de subventionner l'IFCM. La Région, non. Pourquoi ?

C'était prévisible depuis les dernières élections régionales : on assiste à une extrême-droitisation de certains politiques qui refusent systématiquement, sous divers prétextes, tous les projets liés à l'islam, à sa culture, aux immigrés, aux Arabes etc.

La Région a, par exemple, mis fin à toute une série de subventions allouées à des associations qui travaillent dans le domaine de la diversité. C'est de l'instrumentalisation politique de la part de quinquagénaires fraîchement élus dans les mairies, au Parlement et qui veulent absolument rester là où ils sont, et gagner d'autres centres de pouvoir au détriment de la paix, de la France et de l'avenir de la France.

Laurent Wauquier, président LR du conseil Régional Auvergnes-Rhônes-Alpesa s'est opposé au financement par la Région, de l'IFCM. 

En ce sens, c'est irresponsable et inadmissible : d'un côté, il sont ouvertement pour le financement d'autres cultures, ils l'affichent et le défendent mais dès que cela concerne l'islam et les musulmans, ça bloque. La Région a renoncé à son engagement en avançant le fait que l’Algérie et l’Arabie saoudite allaient participer. 

Ces craintes sont-elles justifiées ? Y a-t-il des influences idéologiques de la part des financiers ?

Je refusais les financements étrangers par le passé, mais il a fallu appliquer le principe de réalité. Il y a une dizaine de projets de mosquée rien qu'à Lyon. Chaque projet demande en moyenne trois ou quatre millions d'euros. Il est très difficile de trouver les financements, certains sont donc tentés d'aller chercher à l'étranger. Je ne m'y oppose plus, à condition de s'assurer de l'indépendance politique et intellectuelle.

Ce que je ne comprends pas c'est que de nombreux pays étrangers financent des centres culturelles : le centre orthodoxe en pleine centre de Paris est financé par le gouvernement russe, des institutions juives sont financées par l’État d’Israël et ça ne gêne personne. Si vous voulez que cela s’arrête, donnez-nous ce qu'il faut et il n'y aura pas de problèmes. La communauté est très sollicitée : elle est généreuse mais il y a des limites. Si on se contente d'un auto financement, ça va prendre trente ans !

La mosquée Othmane de Villeurbanne

L'intégration du fait musulman est-elle de plus en de plus difficile dans la région lyonnaise ?

Il y a des politiques qui n'ont pas encore intégré que l'islam est devenue une religion française au même titre que les autres. Ils la considèrent toujours comme une religion étrangère et ont du mal à accepter que les musulmans soient des citoyens. Il y a un travail très important qui a été fait dans la région. Lyon est l'une des villes où le dialogue inter-religieux est le plus développé au niveau national.

Nous avons fait des partenariats extraordinaires avec le concours d'un certain nombre de politiques, de droite comme de gauche. Mais il est vrai que la projection sur l'avenir est en train d'être remise en cause par certains, plus obnubilés par leurs propres élections, mettant de nouveau face à face les communautés.

Azzedine Gaci

Vous craignez pour l'avenir ?

Oui. Je me demande jusqu'où une partie de ces politiques peut aller. L’entêtement, le jusqu'au boutisme de ces hommes m’inquiètent beaucoup. Ils ravivent les tensions entre communautés et cherchent à mettre toute une partie de la communauté française de côté. La laïcité ce n'est pas le rejet de la religion. D'autant que pour l'IFCM, il ne s'agit nullement d'un projet cultuel, mais bien culturel.

Il y a pourtant des cours de formation pour les imams ?

Le projet existe déjà depuis trois ans. Oui, certains des étudiants sont des imams ou des aumôniers qui accèdent à un complément de formation, mais pas que. Je suis enseignants au sein de l'IFCM et sur les 50 étudiants que j'ai, il y a des fonctionnaires aussi.

Une partie de mon cours évoque par exemple, «comment vivre sa foi dans le respect des lois de la République», reprenant les textes fondateurs de l'islam dans le contexte français, la réalité sociale, économique et politique. Mais il ne s'agit pas de théologie. Les imams ont déjà une formation théologique.

L'un des enjeux de l'IFCM serai-t-il d'élargir le regard sur l'islam ?

Nous voulons mettre fin au fait que l'islam est aujourd'hui perçu comme une religion de violence et de discrimination, vis à vis des femmes et des non musulmans.

Quand on discute, même avec les musulmans, on se rend compte de la méconnaissance qui persiste sur le fait musulman : on confond, par exemple, Arabes et musulmans, alors que ces derniers ne représentent que 20 % de la population musulmane mondiale.

Il y a un grand travail de dialogue inter-religieux à maintenir : il est très important que les musulmans connaissent la place de l'autre. Mais il faut aussi travailler sur le dialogue intra-religieux, entre musulmans.

Il y a des mosquées qui sont à 200 mètres l'une de l'autre et qui n'entretiennent aucune relation. Il est plus que temps d'établir un dialogue entre les courants de pensées et notamment les mouvements sunnites et chiites. Cette communauté s'installe dans la région avec un grand projet à Givor. C'est le moment d'entamer le dialogue. Au-delà de nos différences, nous devons travailler les uns avec les autres. Nos défis principaux pour l'avenir sont bel et bien l'éducation, la formation et l'information. 

 

 

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