Par Emre Demir | ven, 20/07/2012 - 10:03
Mots clés : Bariza Khiari, lois mémorielles, politique Algerie, pratique religieuse, vote des etrangers, revision constitutionnelle, Sénat, Politique

Bariza Khiari est sénatrice de Paris depuis 2004 et vice-présidente du Sénat. Dans un entretien accordé à Zaman France, cette Française d’origine algérienne confie être résolument opposée à un nouveau texte de loi sur les génocides que le gouvernement a déclaré vouloir présenter au cours de cette mandature.
Le PS n’a pas la majorité suffisante pour faire passer la loi sur le droit de vote des étrangers. Cette promesse de François Hollande est-elle déjà enterrée ?
Je crois qu’il ne faut pas enterrer une promesse de 1981. S’il y a une volonté politique, cela se fera. Pour les élections présidentielles, les gens issus des quartiers ont voté pour sanctionner Sarkozy parce qu’il y a eu une séquence islamophobe qui a duré dix ans. Pendant la campagne électorale, c’était comme si le sort des élections présidentielles se jouait sur la viande halal. C’était inacceptable. Ils ont voté pour faire partir Sarkozy mais ils n’ont pas voté pour Hollande. Si avant les élections municipales de 2014, nous ne faisons pas de gestes, ils vont retourner vers l’abstentionnisme.
Le PS n’a pas assez de parlementaires pour faire passer cette loi. Avec quels partis pourrez-vous faire alliance ?
Le patron des centristes Jean-Louis Borloo a déjà dit qu’ils sont prêts à voter cette loi. Au sein de l’UMP, les humanistes et les chrétiens soutiennent cette réforme. Sinon, il faudra aller au référendum et les Français se prononceront.
Etes-vous satisfaite de la politique sur la diversité mise en place par le gouvernement ?
Pendant des années, on nous disait que quelqu’un issu de l’immigration ne pourrait jamais être élu. Aujourd’hui, dix d’entre eux rentrent à l’Assemblée nationale. Parfois, le peuple est plus moderne et en avance sur son temps que les politiques. Nos concitoyens ont une vision métissée de la France.
Le PS envisage de faire une nouvelle proposition de texte pénalisant la négation du génocide arménien. Après la décision de la Cour constitutionnelle, est-ce possible ?
Je suis sur une ligne très claire. Les parlements ne doivent pas faire l’histoire. En tant que Française d’origine algérienne, j’ai vu les dégâts provoqués par le texte de loi sur les effets positifs de la colonisation en 2005. C’est la raison pour laquelle j’ai saisi le Conseil constitutionnel qui nous avait donné raison à propos de la loi sur les génocides. Ce texte sur le «génocide arménien» était purement électoraliste et scandaleux. La décision du Conseil constitutionnel s’impose à tous. Peut-être qu’un nouveau texte ne visant plus la Turquie et l’Arménie et pénalisant tous les négationnismes sera présenté. Je trouve cela de toute façon scandaleux et je ne voterai pas de nouveau texte. En tant que membre du groupe de l’amitié France-Turquie, nous ferons tout pour éviter les dégâts irréparables entre nos deux pays.
Vous assumez vos origines et votre pratique de l’islam soufi. Pour ces raisons, avez-vous rencontré des obstacles au cours de votre carrière politique ?
Au contraire, vous êtes plus respecté quand vous êtes vous-même. Les gens vous respectent et essayent de vous comprendre. Un musulman doit s’assumer dans la modernité et tous les outils pour y parvenir se trouvent dans les textes de l’islam. La preuve de cette compatibilité entre modernité et islam est la Turquie.
Sur le plan international, nous assistons en ce moment à la destruction par des mouvements extrémistes tels que Ansar Din et Al Qaïda du vaste héritage culturel du Mali, à Tombouctou...
C’est une guerre ouverte entre ceux qui sont tenants d’un islam spirituel et ceux qui sont tenants d’un islam limité à la loi. Le Coran est devenu un code pénal pour ces gens-là. Ce sont des obscurantistes. Les Occidentaux utilisent le terme de salafistes pour les désigner. Ils ne veulent pas utiliser celui de wahhabites parce qu’il y a des intérêts en jeu. En tant que musulmans, c’est à nous de dire que ce wahhabisme n’est pas notre islam. Ce sont des gens qui ne connaissent même pas les textes parce que la sainteté en islam est reconnue.
Que pensez-vous du rôle de l’Algérie dans la région ? Est-ce qu’une intervention militaire est nécessaire ?
La région du Sahel est en train de s’afghaniser. Il y a trois éléments de l’afghanisation de la zone. Le trafic de drogue, le trafic des armes et la présence de tribus comme en Afghanistan. Finalement, il y a des obscurantistes qui veulent déstabiliser la zone. Si l’Algérie et le Maroc ne s’entendent pas au moins pour la question sécuritaire, cela peut être dangereux pour l’Europe.
Paris
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