Le cœur du ramadan bat dans les mosquées

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Alors que les festivités organisées pour le mois de ramadan investissent les rues des villes turques dans un élan joyeux de convivialité, les mosquées deviennent lieux de quiétude par excellence et invitations à un éveil spirituel.

Lorsque l’heure de l’iftar (rupture du jeûne) approche, il y a dans les mosquées de Turquie comme un moment de flottement, comme un arrêt du temps. Dans la cour des édifices religieux, des fidèles installent des draps autour du patio, puis disposent les mets qui constitueront un repas frugal à base de pide (pain rond), d’olives, de dattes et de fruits. Malgré cet empressement silencieux marquant l’approche de l’iftar, la mosquée reste bel et bien l’endroit le plus calme du mois saint. Surtout à l’heure de la rupture du jeûne où les files d’attentes s’allongent à la porte des boulangeries en quête de pide encore fumants ; à l’entrée des iftar çadiri (tentes municipales installées pour la distribution des repas pendant le mois de ramadan), qui nourrissent des milliers de personnes, 20.000 par exemple chaque soir dans le quartier d’Üsküdar. Dans d’autres quartiers, comme celui d’Eyüp Sultan à Istanbul, c’est la grande esplanade qui se trouve submergée de familles toutes générations confondues ayant préparé leur repas pour l’occasion. Après dîner, elles s’éloigneront un peu plus loin pour rejoindre la masse joyeuse des foires organisées pour les festivités du mois saint, où s’alignent dans des couleurs chatoyantes stands de vente de glaces, de bijoux fantaisie, de foulards, scènes où s’enchaînent les représentations de sema et autres karagöz.
 
Les mosquées, refuges de la spiritualité
Tout cela contraste étrangement avec le silence religieux qui règne dans les mosquées, où, depuis le petit matin, les fidèles se rendent pour prier et pour effectuer leur hatim (lecture complète du Coran), appelé mukabele pendant le mois saint, car ils écoutent la lecture du Coran que leur fait à voix haute l’imam. Lorsque l’ezan retentit pour la dernière prière, celle qui sera suivie de teravih (prières surérogatoires), il sonne l’arrêt de toutes les festivités, et ce, pendant la durée de la prière : la foire se vide et la mosquée se remplit, reprenant ses droits. Les femmes, généralement absentes de la mosquée le reste de l’année, se présentent par dizaines pour prier, alors que d’autres fidèles assistent au vaaz (prêche) qui a commencé depuis un moment déjà et touche à sa fin. Les moments les plus forts du ramadan dans les mosquées, seront ceux de la Kadir Gecesi (la Nuit du Destin), moment de prédilection pour les invocations et la lecture du Coran. Nuit où les discrets fidèles convergeront silencieusement vers les somptueuses mosquées ouvertes toute la nuit à cette occasion, et où, assis sur les tapis aux couleurs fortes ils penseront au sens de leur jeûne. La mosquée sera aussi le lieu de l’itikâf, dix derniers jours du ramadan pendant lesquels les fidèles hommes, s’ils le désirent, resteront au sein de la mosquée et consacreront leurs journées et leurs nuits à l’adoration, soumis à un régime alimentaire spartiate. Ce temps religieux est pour les pratiquants l’occasion de se rendre dans les mosquées qui prennent des allures féeriques, parées d’inscriptions illuminées incitant au jeûne comme oruç tut sihhat bul (fais le jeûne et tu trouveras la santé), hosgeldin ya sehri ramazan (bienvenue ramadan) ; et dont les enluminures colorées font écho au mukabele, berçant les visiteurs dans une ambiance les invitant à la spiritualité.
Paris

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