Par S. Ben Mansour | ven, 29/06/2012 - 14:13

Pour la première fois dans l’histoire de la République, huit députés issus de la «diversité» ont été élus le 17 juin dernier, parmi lesquels cinq sont originaires du Maghreb. Un mois plus tôt, le gouvernement formé par Jean-Marc Ayrault comptait déjà quatre membres issus de l’immigration et trois de l’Outre-mer. Ce phénomène nouveau montre notamment qu’il s’en faut de beaucoup que l’égalité de droit se traduise par une égalité de fait. Cette égalité de droit est elle-même très récente à l’échelle de l’Histoire. Pendant longtemps, dans les sociétés multiethniques et multiconfessionnelles, – comme l’étaient souvent les sociétés d’islam –, le droit musulman, et plus généralement la morale islamique, ont constitué le meilleur cadre légal et éthique en matière de vivre-ensemble. En témoigne entre autres l’accession aux plus hautes fonctions de l’Etat de chrétiens, de juifs, mais aussi d’anciens esclaves (ainsi, les dynasties mameloukes). Le statut légal de dhimmî, ou «protégé non musulman», à la fois inégalitaire et protecteur, communautariste et tolérant, garantissait les biens, les personnes, la liberté de culte ainsi que le droit pour les communautés de se gérer de manière autonome, dans le cadre d’une loi générale englobante qui institue la supériorité symbolique du droit islamique. Sur le plan politique, ce statut aura notamment permis le maintien durable de pouvoirs musulmans sur des populations très majoritairement non musulmanes, comme ce fut le cas aux premiers temps de l’islam, grâce à la participation des dhimmîs. Un jour que le calife ‘Umar (586-590) rendait visite à Abû Mûsâ, son gouverneur à Kûfa, en Irak, ce dernier lui apprend que son secrétaire est chrétien ; Umar s’en offusque, mais Abû Mûsâ, pragmatique, le rassure : «sa religion est à lui, son secrétariat est à moi»… La police du calife Mu‘âwiya (602-680) est ainsi exclusivement composée de chrétiens.
