Par Darine Habchi | jeu, 16/02/2012 - 16:22

La nouvelle mise en ligne de CV vidéos pour combattre les discriminations, souvent liées à la domiciliation en banlieue, illustre la préoccupation des jeunes issus de l’immigration, de plus en plus nombreux à changer d’habitat. Précarité, chômage ou dégradation des lieux, les causes de leur départ sont marquées par leur besoin de mener une autre vie.
Changer d’adresse pour changer de vie n’est plus exceptionnel chez les jeunes issus de l’immigration. Les enfants des populations migrantes arrivées dans les années soixante-dix et quatre-vingt, commencent en effet à quitter progressivement les quartiers populaires. « C’est dans l’ordre des choses des dynamiques migratoires et sociales » explique à ce propos Pierre Vermeren, historien du Maghreb contemporain. « Partout les migrants de l’exode rural s’installent dans des quartiers périphériques et une fois leur insertion professionnelle réussie, ils se déplacent vers des quartiers moins populaires », indique-t-il. Si vouloir vivre dans des quartiers plus « bobo » est une aspiration bien ordinaire en France et même en Europe, c’est que la stigmatisation sociale se double souvent d’une stigmatisation ethnique. Habiter dans un quartier défavorisé est un marqueur social négatif. Depuis vingt ans la dégradation matérielle, sociale et sécuritaire de certaines zones d’habitation en banlieue est une réalité. D’ailleurs, de nombreux quartiers sont devenus de véritables ghettos. Dès lors l’envie de partir se fait davantage ressentir. « J’ai vécu de nombreuses années dans le 19e arrondissement de Paris, un quartier populaire » raconte Seriba, 31 ans, un agent de sécurité incendie. « Je suis un homme, mais je ne supportais plus l’atmosphère peu sécurisante » dit-il. « Je suis finalement parti vivre à Vitry-sur-Seine, qui est aussi une ville de banlieue, mais où j’ai pu retrouver la sérénité, même quand je rentre tard » déclare Seriba. En attendant des solutions de la part du gouvernement, beaucoup de jeunes revendiquent leur droit à une vie décente, sans oublier leur droit de vivre dans un lieu où le confort n’est pas rudimentaire. Sans réponses favorables, ils décident donc par eux-mêmes d’aller s’installer dans un lieu de vie plus propice à leur intégration.
Tenter sa chance ailleurs…
Il est vrai qu’il n’est pas facile de se construire quand on a entre 25 et 35 ans et qu’on veut quitter son quartier pour un autre habitat où souvent la majorité de la population est socialement et culturellement différente. La disparité de leurs revenus et le chômage dont ils souffrent limitent considérablement la recherche de ces jeunes pour trouver des logements dans des quartiers aisés. Pourtant quelques-uns tentent cette aventure dès que leurs conditions professionnelles le leur permettent. « Je viens de m’installer tout récemment dans un immeuble neuf, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine » témoigne ainsi Wilfried, 30 ans, informaticien. « Je vivais auparavant dans le 93, chez mes parents » précise-t-il. Pour Wilfried, « ici tout est différent, les gens ne font pas attention à vous ». « Ce qui m’a le plus frappé, c’est que d’une banlieue à l’autre, la population ethnique est complètement différente », ajoute l’informaticien. Une chose est sûre : les jeunes Français issus de la diversité n’acceptent plus d’être parqués dans certaines zones de relégation et entendent bien prendre leur destin en main.
