Par Seyfeddine Ben ... | ven, 23/03/2012 - 15:05

La France n’a pas à se repentir «d’avoir été une puissance coloniale» a déclaré le 9 mars dernier Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre de Jacques Chirac avait, on s’en souvient, défendu en son temps la loi du 23 février 2005, qui reconnaît les «bienfaits de la colonisation». Devenu candidat à sa propre succession, il a célébré le 9 février dernier le «magnifique héritage de civilisation» du christianisme, avant de se lancer plus récemment, au nom de la laïcité, dans une nouvelle polémique islamophobe liée à l’abattage halal. Toutes ces contradictions ne sont évidemment pas sans lien avec l’Histoire, avec cette Histoire coloniale que la droite et l’extrême-droite peinent tant à assumer. La colonisation n’était pas seulement spoliation matérielle des indigènes, mais aussi entreprise de dépersonnalisation, de négation de l’identité de l’autre. L’évangélisation était en effet le pendant «spirituel» de la conquête militaire, et, comme le rappelle l’historien Alain Mahé, le cardinal Lavigerie «était alors au clergé ce que le maréchal Bugeaud était à l’armée d’Afrique». Archevêque d’Alger de 1867 à 1892, Charles Martial Lavigerie voyait dans l’Algérie «une porte ouverte par la Providence sur un continent barbare de deux cents millions d’âmes [où] il fallait porter l’œuvre de l’apostolat catholique». Ses efforts se sont concentrés sur la Kabylie, où il fit installer des missionnaires en 1873, dans le cadre d’un vaste projet d’évangélisation lié à une politique d’assimilation propre aux seuls Kabyles. Ce choix était motivé par une conception fortement idéologisée de l’Histoire. Les missionnaires étaient en effet convaincus d’être dans un espace où l’islamisation n’était que superficielle. Il serait ainsi plus aisé de faire resurgir le christianisme antique, substrat religieux «oublié» des populations locales. D’autant que, comme le soulignent le colonel Daumas et le capitaine Fabar en 1847, la «race kabyle» est distincte de la «race arabe». Les individus blonds aux yeux bleus n’étant pas rares, «le peuple Kabyle» était forcément «germain d’origine» (c’est-à-dire germanique), ce pourquoi «il a accepté le Koran, [mais] ne l’a point embrassé»… Ainsi, une fois l’œuvre missionnaire accomplie, l’islam ne serait plus qu’une parenthèse malheureuse, un accident de l’Histoire.
