Par Emre Demir | mer, 02/05/2012 - 16:41
Longtemps situés à la marge de l’échiquier politique, les partis européens d’extrême droite ont aujourd’hui la capacité de donner de nouvelles orientations politiques au Vieux Continent. Membres de gouvernements de coalition de sept pays, ils ont modernisé leur discours et leurs électorats, avec l’islam comme nouvel ennemi commun.
Une fois de plus, le débat en Europe tourne autour de la popularité grandissante des partis d’extrême droite, avec le succès récent de la candidate frontiste Marine Le Pen qui a obtenu 17,9 % des suffrages à l’issue du premier tour des présidentielles. C’est une victoire sans précédent pour le FN, mais aussi le signe d’une évolution des mouvances d’extrême droite et anti-immigrés qui, de plus en plus au niveau européen, séduisent les électeurs de centre-droit. La semaine dernière, un autre parti d’extrême droite, le Parti pour la liberté (PVV) dirigé par Geert Wilders, a été en mesure de provoquer la chute du gouvernement néerlandais, autre signe qu’en Europe l’extrême droite pourrait constituer une menace sérieuse. Longtemps cantonnés à la marge de l’échiquier politique, les partis d’extrême droite ont aujourd’hui le pouvoir de façonner l’avenir politique du continent. Dans sept pays européens, ils font partie de gouvernements de coalition. S’ils ont abandonné leur antisémitisme traditionnel, c’est pour le remplacer par les thèmes politiques anti-islam et anti-immigration. En France, en Autriche, au Danemark, en Hongrie, aux Pays-Bas, en Belgique, en Finlande, en Italie et dans les pays baltes, les partis d’extrême droite se portent plutôt bien. Le profil de leurs électeurs a également changé. Il comprend aujourd’hui davantage de jeunes et de chômeurs diplômés.
L’abandon du discours ouvertement raciste
La nouvelle droite est née à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Il s’agit pour l’essentiel de partis fondés par des leaders issus de formations de centre droit. Des hommes politiques qui ont réussi au cours des dix dernières années à affaiblir la gauche et à créer ainsi les conditions d’une accession au pouvoir des partis de centre-droit. Les Marine Le Pen, Geert Wilders et autres Heinz-Christian Strache ont pu ainsi capitaliser dans un contexte de crise économique, la crainte d’une perte de l’identité nationale face à l’immigration musulmane. Plutôt que d’employer un discours ouvertement raciste – qui aurait eu pour conséquence de leur ôter toute légitimité politique –, ils ont préféré prôner la «défense des valeurs nationales» face au «danger de l’islamisation de l’Europe». Le discours politique a changé, et l’extrême droite européenne se fait aujourd’hui le champion des valeurs défendues hier par les partis populistes de gauche, telles que la laïcité, les droits de l’homme, l’égalité des sexes, le féminisme ou les libertés sexuelles.
Une image moderne et plus jeune
L’image que véhiculent les leaders d’extrême droites a fortement changé ces dernières années. Les conservateurs d’autrefois, comme Jean-Marie Le Pen en France, ou Mogens Glistrup au Danemark, ont été remplacés par de nouvelles figures telles Heinz-Christian Strache, le leader autrichien qui arbore un t-shirt Che Guevara, Oskar Freysinger, le Suisse à la queue de cheval, ou encore Marine Le Pen, décrite comme une féministe. Ce nouveau visage de l’extrême droite européenne a été dévoilé au moment où une nouvelle génération de musulmans, beaucoup plus intégrée que celle des parents, a commencé à apparaître sur le devant de la scène. Des changements radicaux sont également en cours dans la typologie de l’électorat d’extrême droite. Les chrétiens religieux ayant peu d’éducation et vivant dans les quartiers pauvres ou en zones rurales ont été remplacés par une classe sociale instruite avec une bonne situation socio-économique. Un rapport indique qu’entre 38 et 50 % des électeurs d’extrême droite danois, suisses et français sont des dirigeants ou des propriétaires d’entreprises privées. Les nouveaux extrémistes ne sont plus les skinheads violents des années 90, mais une classe moyenne de jeunes qui s’organise à travers les réseaux sociaux.
Paris
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