Crise économique et malaise identitaire au cœur du vote FN

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Le bon score de Marine Le Pen qui fait mieux que son père en 2002 soulève la question des motivations liées au vote frontiste. D’après le spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus, la banalisation des thèmes du FN par Nicolas Sarkozy, ainsi que la crise économique et identitaire européenne expliquent cette progression constante du parti d’extrême droite.

L’élève a surpassé le maître. Avec un résultat proche de 18 %, Marine Le Pen qui fait mieux que son père en 2002 pour le premier tour, s’est imposée comme la troisième candidate de ces élections présidentielles. Comment expliquer une ascension politique qui ne se dément pas ces dernières années ? Pour le politologue spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus, le résultat du Front national n’est pas surprenant et s’inscrit dans une progression constante. «Il faut regarder les résultats depuis 1988. Jean-Marie Le Pen fait [cette année-là] 15 % aux présidentielles. En 1995, il fait à nouveau 15 %, en 2002, 17 % et en 2012, 18 %. On a un noyau qui est autour de 15 % et ensuite une variation généralement à la hausse, 2007 faisant figure d’exception» décrit-il. Quant aux raisons éclairant cette progression, elles sont multiples. D’abord la droitisation opérée par le président sortant qui «a réussi la performance assez remarquable de laisser l’électorat [FN] grossir tout en banalisant une partie de ses idées».
 
Le populisme comme symptôme du malaise identitaire
La première conséquence de cette politique se traduit par une captation importante par le FN du vote des jeunes. «C’est une constante de l’électorat frontiste, ce qu’on appelle les primo-votants. 20 % des jeunes entre 18 et 24 ans sont très déconnectés de la politique et expriment un vote de rejet de la classe politique dont les codes ne leurs disent absolument plus rien». La dimension économique n’est pas non plus absente de ce vote. «Ils sont titulaires d’un niveau d’études bac + 2, arrivent très tôt dans la vie active et prennent de plein fouet les difficultés d’insertion dans le monde du travail. Un tiers de cette classe d’âge n’a pas le baccalauréat» ajoute le politologue. Doit-on alors attribuer le résultat de Marine Le Pen au contexte de crise ? Pas nécessairement, analyse Jean-Yves Camus. «Il n’y a pas de corrélation avec le fait qu’un pays soit en crise. La preuve : c’est en Suisse que la votation sur les minarets a eu lieu. C’est bien en Norvège que l’affaire Breivik a eu lieu. Or, ce sont des pays beaucoup moins touchés que la moyenne par la crise économique et pourtant c’est là que des partis xénophobes anti-islam progressent» dit-il. La montée du FN n’est d’ailleurs pas seulement, selon M. Camus, un produit de la crise mais un phénomène beaucoup plus vaste lié au malaise identitaire qui existe en Europe. Pour de nombreux électeurs du Front national, cette construction se traduit avant tout par des mesures d’austérité. 
 
«Nicolas Sarkozy a besoin de 80 % du report de voix du FN»
Quid alors du second tour ? Les électeurs frontistes vont-ils reporter leurs voix sur Nicolas Sarkozy ? Selon le journaliste Renaud Dély du Nouvel observateur, rien n’est moins sûr car «la présidente du Front national veut faire exploser l’UMP, rebattre les cartes de l’ensemble des droites, parlementaire et extrême, et en conquérir demain le leadership !» écrit-il dans l’article Pourquoi Marine Le Pen va faire battre Nicolas Sarkozy. Selon Renaud Dély, «pour parvenir à ses fins, il lui reste une étape préalable à franchir : faire battre Nicolas Sarkozy le 6 mai». Jean-Yves Camus fait une évaluation plus précise. Selon lui, «pour s’en sortir, Nicolas Sarkozy a besoin de 80 % du report de voix du FN». Les commentateurs les plus optimistes estiment que 60 % des électeurs du Front se reporteront sur Nicolas Sarkozy, ceux qui ne veulent de la gauche à aucun prix. Pour autant, «Marine Le Pen ne donnera pas de consigne de vote et beaucoup de ces électeurs ne se sentiront pas concernés par le second tour» déclare le spécialiste de l’extrême droite. Il estime que 30 à 32 % des électeurs n’iront sans doute pas voter au second tour. Nicolas Sarkozy risque donc de durcir sa campagne de l’entre-deux tours sur les thèmes frontistes. Pour autant, Jean-Yves Camus considère que cette stratégie ne devrait pas fonctionner. «Il faut se souvenir, dit-il, qu’au premier tour, le FN fait 17,9 % alors même que la campagne a été délibérément axée de manière très droitière. Ce qui prouve que c’est une technique qui ne marche tout de même pas».
Paris

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