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De la banalité de l’autoritarisme

Mots clés : Edito

C’est tout simplement une première dans l’histoire de la République turque. Ilker Basbug, qui occupa les fonctions de chef d’état-major de 2008 à 2010, a été incarcéré le 5 janvier. La justice lui reproche notamment d’avoir fondé et dirigé une organisation terroriste, ainsi que d’avoir préparé un coup d’Etat pour renverser le gouvernement d’Erdogan. Basbug, qui a quitté le service en 2010, est à ce jour le plus haut gradé impliqué dans l’enquête sur le réseau Ergenekon. Deux jours plus tard, c’est l’ancien président de la République Kenan Evren, auteur du putsch militaire de 1980, qui a été inculpé pour « crimes contre l’Etat » lors de ce coup de force qui s’était soldé par une cinquantaine d’exécutions, 1.638.000 détentions et 650.000 d’arrestations politiques. Ces décisions témoignent avant tout de la fin de l’immunité absolue de l’armée turque, responsable de quatre coups d’Etat en cinq décennies. Les militaires tout-puissants d’hier sont invités aujourd’hui à rendre des comptes pour tous les actes illégaux qu’ils ont commis. Longtemps intouchables, les putschistes sont aujourd’hui rattrapés par la justice. Intimidés par l’autoritarisme militaire, traditionnel en Turquie, la société civile et les dirigeants politiques n’osaient pas même critiquer l’armée. Mais l’influence des militaires dans la vie politique a diminué depuis que l’AKP a introduit des réformes démocratiques. Le fait que l’armée ne puisse plus s’immiscer dans la vie politique représente une étape importante vers la démocratisation de la Turquie. Il aurait été inimaginable, il y a encore quelques années, d’inculper ne serait-ce qu’un sous-officier de l’armée, a fortiori des généraux de haut rang. Ce changement ne peut être interprété que comme le signe d’une normalisation de la Turquie. L’enjeu est aujourd’hui de restructurer l’armée pour qu’elle accepte un contrôle civil complet dans le respect de la démocratie. Pourtant les critiques ne manquent pas. Elles s’inquiètent à présent de voir reculer le pouvoir de l’armée. Mais peut-être témoignent-elles finalement de l’efficacité de cette idéologie autoritariste que le militarisme turc avait réussi, depuis tant de décennies, à normaliser, à banaliser.

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