Par Fouad Bahri | jeu, 24/05/2012 - 16:05
La rupture souhaitée par le nouveau gouvernement de François Hollande et affichée sur le plan symbolique et ô combien nécessaire de la diversité et de la parité par des femmes telles que Christiane Taubira ou Najat Vallaud-Belkacem pourrait avoir sa part d’ombre sur un autre sujet lui aussi sensible : l’islam de France. La nomination de Manuel Valls, maire d’Evry connu pour ses positions parfois rigides sur la question de la laïcité et de l’islam, n’est pas en effet pour rassurer les musulmans de l’Hexagone. Celui qui s’était dernièrement prononcé contre la présence des mamans voilées aux sorties scolaires et qu’on présente volontiers comme l’homme le plus à droite du Parti socialiste va devoir pourtant prendre en charge un dossier important pour la société et pour l’instant négligé par l’Etat : la construction de lieux de culte et plus généralement d’un climat égalitaire plus apaisé pour les Français de confession musulmane. La présidence Sarkozy, illustrée par les passages au ministère de l’Intérieur de Brice Hortefeux, condamné pour injure raciale, puis de Claude Guéant dont les nombreuses sorties médiatiques aussi violentes que disproportionnées sur la menace ontologique que ferait planer l’islam sur la France, avait sur ce plan marqué négativement les esprits. Un changement profond était donc attendu. Si dans l’immédiat la prudence et la méfiance prédominent quant aux positions idéologiques plutôt défavorables du ministre de l’Intérieur à l’encontre de la deuxième religion de France, il est encore trop tôt pour se prononcer. La pratique du pouvoir transforme les hommes, dans un sens ou un autre, et tout ministre inscrit son action dans le cadre d’une politique globale qui est dictée par le Premier ministre. Ces deux conditions limitent et laissent entrevoir la possibilité d’une politique plus juste et en un sens plus laïque du ministre de l’Intérieur. Manuel Valls qui n’a cessé de revendiquer son attachement à la laïcité aura ainsi l’occasion de prouver que sa pensée est en accord avec son action politique. Et par là-même de satisfaire l’ensemble des musulmans de France qui depuis le départ n’ont eu de cesse de réclamer l’application d’une stricte laïcité égalitaire. Ni plus, ni moins.
