Par Redaction | jeu, 08/12/2011 - 12:20

Les victoires de l’islam politique en Tunisie, au Maroc et en Egypte annoncent-elle un développement sur le modèle de l’AKP en Turquie ? Si la formation politique d’Erdogan est souvent une référence pour ces partis, au-delà des divergences laïques, ceux-ci seront néanmoins jugés sur leurs performances économiques dans des pays où la pauvreté est encore d’actualité.
Les islamistes, forts de leurs avancées électorales dans le monde arabe, lorgnent sur le modèle turc, mais pour connaître le même succès, ils doivent en priorité relever le défi économique dans leurs pays minés par le chômage et la pauvreté, estiment des analystes. « Ils regardent la Turquie comme un modèle car le succès de l’AKP a beaucoup amélioré la vie des Turcs », affirme à l’AFP Shadi Hamid, directeur de recherches au Centre Brookings de Doha. « Cela n’est pas lié à l’islam, mais à l’économie », ajoute-t-il. Le parti islamiste Ennahda, vainqueur des législatives en Tunisie, se réclame ouvertement du modèle turc, et le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan avait fait une tournée remarquée en octobre dans les pays du printemps arabe, notamment au Caire et à Tunis, où il avait rencontré le chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, et les Frères musulmans d’Egypte. Dans la capitale tunisienne, il avait notamment affirmé « qu’islam et démocratie n’étaient pas contradictoires » et qu’ « un musulman peut gérer un Etat avec beaucoup de succès. »
L’économie, vrai challenge des islamistes
Un succès que les mouvements islamiques, forts de leurs récentes victoires électorales, veulent rééditer, même si des divergences de fond persistent avec le modèle politique turc, fortement ancré dans la laïcité. « L’AKP est devenu une sorte de guide pour ces partis islamistes », souligne Abdel Bari Atwane, rédacteur en chef du quotidien Al Qods el Arabi basé à Londres. « Ils veulent l’imiter après avoir vu comment il a transformé la Turquie en 17e économie mondiale, avec des taux de croissance à faire pâlir d’envie l’Europe en crise », ajoute-t-il. Selon les analystes, l’économie sera le critère sur lequel les islamistes marocains, tunisiens ou égyptiens vont être jugés, une fois leur gouvernement en marche. « Ils ont gagné en partie parce qu’ils se sont tenus tout le temps du côté des pauvres » grâce à leurs puissants réseaux de charité « et là, l’économie est devenue l’une de leurs priorités », explique M. Atwane. Les observateurs sont d’accord pour dire que la « vague islamiste » dans la région est due surtout au fait que les autres partis, notamment les libéraux, n’ont pas présenté de véritable programme face à des islamistes très bien organisés. Après des décennies de marginalisation et de répression sous des régimes laïcs mais dictatoriaux, « l’islam politique est un passage nécessaire jusqu’à ce que les autres partis s’organisent », affirme Khattar Abou Diab, politologue à l’université Paris-Sud.
« L’Occident [doit] respecter ce résultat démocratique »
Les révoltes arabes ont été déclenchées par des populations réclamant plus de liberté mais surtout plus de justice sociale et de meilleures perspectives économiques. D’où, estiment les analystes, la nécessité de donner une chance à ces islamistes qui n’ont jamais gouverné. « La démocratie, c’est les urnes, et si le peuple a choisi les islamistes, qu’il en soit ainsi », note M. Atwane. « Ils n’ont jamais été au pouvoir, alors pourquoi ne pas les essayer », ajoute-t-il. « L’Occident n’a pas beaucoup de choix : si des élections libres ont porté des islamistes au pouvoir, c’est simple, ils doivent respecter ce résultat démocratique », estime de son côté M. Hamid. Le parti Ennah-da s’est déjà engagé à respecter les acquis des Tunisiennes et à promouvoir le tourisme. En Egypte, le chef des Frères musulmans a même annoncé l’ambition de son mouvement d’attirer 50 millions de touristes par an dans le pays. « Au Maroc, en Tunisie et en Egypte, où le tourisme représente une rentrée d’argent capitale, ces mouvements ne peuvent pas jouer la carte de l’identité islamiste au détriment de l’économie », signale M. Diab.
