Election de Hollande : Ankara optimiste mais prudent

Version imprimable

L’élection de François Hollande à la tête de l’Etat français pourrait marquer une évolution dans les relations franco-turques après leur détérioration sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Si la position du nouveau président favorable à une relance de l’adhésion turque à l’UE est perçue comme un signe de soulagement par Ankara, la prudence demeure au regard des conditions posées par le responsable français à cette adhésion.

L'élection de François Hollande à la présidence de la République va-t-elle représenter un tournant dans les relations franco-turques ? C'est en tous les cas ce qu'espère Ankara sans toutefois se faire trop d'illusions. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé s'attendre à des changements dans les relations turco-françaises après l'élection du socialiste François Hollande à la présidence française. «Nous espérons que la nouvelle période en France soit très différente de la précédente dans les rapports turco-français», a-t-il dit dimanche soir aux journalistes à Ankara avant de partir pour une visite en Slovénie. Il a souhaité que «les messages populistes exprimés lors de la campagne» présidentielle française ne se reflètent pas dans la pratique, en politique. Le président sortant, Nicolas Sarkozy, était très impopulaire au sein du gouvernement turc et de l'opinion publique à cause de son opposition radicale à une adhésion de la Turquie à l'Union européenne. A la veille de son élection, François Hollande a promis qu'il ferait tout pour rétablir les relations et le dialogue avec la Turquie. En effet, dans une lettre adressée au Comité de Coordination des Associations Franco-Turques (CCAFT), le nouveau président a annoncé son souhait de relancer le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, actuellement dans l'impasse. Sa victoire à l'élection présidentielle laisse donc entrevoir un apaisement des tensions qui animent les relations franco-turques depuis plusieurs mois. 
 
Les Turcs ne se font pas d'illusions
La position du corrézien n'est pas nouvelle. Lors d'une rencontre avec Erdogan en juillet 2004, celui qui était alors le premier secrétaire du PS avait dit qu'il était «favorable» au principe de l'adhésion turque, «à condition que les critères d'adhésion soient respectés», citant «la question des droits de l'homme et la reconnaissance du "génocide arménien"». Pourtant, deux mois plus tard, il signait un texte appelant la Turquie à reconnaître le «génocide arménien». Il n'a d'ailleurs jamais varié sur ce sujet de tension majeure entre Paris et Ankara. Egemen Bagis, le ministre turc des Affaires européennes estimait que la politique de Paris au sujet du processus européen de la Turquie est «contraire aux intérêts nationaux de la France». «L'intérêt de la France est que cela se passe bien avec la Turquie. Le peuple français et le monde du travail le savent. Les hommes politiques le verront aussi» a ajouté le ministre. Il rappelle également que «l'Europe a réalisé 92 % des investissements directs étrangers en Turquie en 2011». «Elle est consciente du potentiel économique de la Turquie» a poursuivi M. Bagis. 
Paris

A lire aussi: