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En Turquie, concours d'"insultes" entre l'AKP et l'opposition

Le parquet d'Ankara a lancé une enquête contre Kemal Kiliçdaroglu, le président du CHP, principal parti d'opposition en Turquie. Il est accusé d'avoir insulté le chef de l'Etat Tayyip Erdogan, qu'il a qualifié samedi 16 janvier de «caricature de dictateur».

 
Lundi, Janvier 18, 2016 - 15:05

Aucune élection ne semble a priori prévue avant 2019 mais l'ambiance nationale est de plus en plus survoltée en Turquie.

Le chef de l'Etat, Tayyip Erdogan, vient de traiter les mille et quelques universitaires ayant signé une pétition dénonçant un «massacre de l'Etat contre les Kurdes», de «minables» et de «persécuteurs». Le maire d'Ankara, Melih Gökçek, a profité de l'occasion pour demander à l'ambassadeur des Etats-Unis qui soutenait la liberté d'expression des professeurs de «se taire» et de «quitter le pays».

La sortie la plus virulente est venue de Kemal Kiliçdaroglu, le leader du CHP (parti républicain du peuple, gauche kémaliste), qui n'a pas mâché ses mots lors du congrès de son parti. «Toi, la caricature de dictateur !» a résonné plus d'une fois dans la salle du congrès.

Quelques jours plus tard, le CHP avait pourtant exigé des comptes à la chaîne publique TRT où, lors d'une émission politique, l'une des figures tutélaires du parti kémaliste (et deuxième président de la République de 1938 à 1950), Ismet Inönü, avait été affublé d'un «fasciste».

Erdogan demande 100 000 livres de dommages et intérêts

Kiliçdaroglu, qui se représentait pour un nouveau mandat à la tête du parti malgré sept défaites depuis 2009, a été on ne peut plus dur contre le chef de l'Etat. «Soit tu agis de manière impartiale soit tu jettes à la poubelle le serment que tu as prêté sur ton honneur ou alors réfléchis sur le sens du mot honneur». «Tu as dénoncé les universitaires en disant qu'ils trahissaient l'Etat tout en étant payés par lui. Et toi, n'as-tu pas profité des moyens de l'Etat pour t'enrichir ? Ne fais-tu pas partie des leaders les plus riches du monde ?». «Si le pays se transforme en énorme mare de sang, tu en es le premier responsable !».

Un florilège de déclarations qui a poussé Erdogan à réclamer 100 000 livres (environ 30 000 euros) de dommages et intérêts pour préjudice moral.

«Je ressens de la pitié pour le président du CHP qui ne sait pas critiquer le président de la République sans l'injure à la bouche», a embrayé le ministre de la Justice, Bekir Bozdag.

De son côté, le parquet d'Ankara a lancé une enquête pour injure publique contre le chef de l'Etat, un délit sanctionné par le fameux article 299 du code pénal qui prévoit d'un à quatre ans de prison.

En septembre dernier, c'est le président du HDP (parti démocratique des peuples, gauche pro-kurde), qui avait fait l'objet d'une poursuite sur le fondement de l'article 299. «Nous n'avons aucune responsabilité politique concernant le sang qui coule. Ces décisions sont prises par le président de la République et par le Premier ministre», avait-il déclaré, en référence aux opérations de maintien de l'ordre qui ont cours au sud-est de la Turquie.

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