Par Redaction | jeu, 20/10/2011 - 11:57

Favori du scrutin de dimanche en Tunisie, le parti islamiste Ennahda veut être jugé sur ses actes. Il tente de rassurer en invoquant le modèle turc et cherche à se démarquer des salafistes dont l’activisme heurte la pratique tunisienne d’un islam tolérant. La fin de campagne a été dominée par un débat sur l’identité arabo-musulmane, exacerbé par des salafistes très minoritaires selon des chercheurs. Pour l’historien Alaya Allani, « Ennahda reste le favori du scrutin. Il est le premier bénéficiaire du débat imposé sur l’identité religieuse, même si la violence extrémiste suscite la crainte et la méfiance. » Les derniers sondages autorisés, réalisés fin septembre, plaçaient Ennahda en tête des intentions de vote, avec entre 20 et 30% des suffrages. « Cela fait 40 ans que nous luttons pour la liberté et la justice. Nous avons été jetés en prison, torturés, exilés de force. Nous n’avons jamais pactisé avec l’ancien régime. Nous avons bonne réputation », explique Ali Larayedh, membre du bureau exécutif d’Ennahda qui a passé 14 ans dans les geôles de Ben Ali.
Ennahda, un parti populaire
« Nous ne voulons pas imposer la charia, nous ne toucherons pas au statut de la femme » tunisienne, le plus avancé du monde arabe, répète-t-il. Gauche laïque, artistes et syndicalistes ont dénoncé le « double discours » d’un parti qui « prétend jouer le jeu démocratique » et qui entretient une relation « ambiguë » avec les salafistes. Ali Larayedh reconnaît « un dialogue académique » avec les « jeunes salafistes » mais nie tout accord formel et condamne « tout acte de violence. » « Il faut cesser de nous faire des procès d’intention. Il faut nous juger sur nos actes », dit-il. Pour l’islamologue Amel Grami, Ennahda n’offre pas réellement d’alternative politique mais « attire une jeunesse en mal de repères, abreuvée depuis des années par les chaînes satellitaires du Golfe qui ont préparé les consciences au discours religieux. » « Ennahda est le plus grand parti du pays et sa popularité est en hausse » a néanmoins clamé dimanche Rached Ghannouchi.
