Message d'erreur

  • Notice : Undefined index: und dans include() (ligne 30 dans /var/www/zaman/sites/all/themes/less/templates/node--article.tpl.php).
  • Notice : Undefined index: fr dans include() (ligne 50 dans /var/www/zaman/sites/all/themes/less/templates/node--article.tpl.php).

Fethullah Gülen est-il intouchable?

Les arrestations de journalistes dans l’affaire Ergenekon ont relancé les déclarations de complot autour de la personne de Fethullah Gülen, accusé de faire arrêter ses contradicteurs. Une accusation pourtant invalidée par les nombreux livres critiques publiés contre Gülen et pour lesquels les auteurs n’ont subi aucune pression.

 
Un tribunal d’Istanbul vient d’accepter les actes d’accusation contre les journalistes Ahmet Şık et Nedim Şener, qui sont soupçonnés d’avoir aidé le réseau Ergenekon à renverser le gouvernement AKP. L’acte d’accusation indique que le réseau Ergenekon, dont les journalistes seraient eux-mêmes membres, avait constitué une branche « médias » pour « orienter l’opinion publique », en s’assurant notamment que « des actions de provocation aient une résonance sensationnelle dans la société. » En mars, un tribunal avait ordonné la saisie de copies des brouillons d’un essai d’Ahmet Şık portant sur l’infiltration de la police par le mouvement Gülen, estimant que l’ouvrage constituait « un document (...) faisant clairement de la propagande pour une organisation terroriste » dans une allusion à Ergenekon. L’affaire avait alors provoqué une vive polémique en Turquie et à l’étranger. Si la justice affi rmait déjà disposer de preuves qui établiraient des liens directs entre les journalistes inculpés et le réseau Ergenekon, pour l’opposition il s’agissait d’une atteinte à la liberté de la presse. Le débat avait notamment soulevé la question de la possibilité de critiquer le penseur musulman Fethullah Gülen que le livre écrit par Ahmet Şık ciblait directement. Pourtant, les dernières charges retenues par la justice ainsi que l’ampleur de la critique dont Gülen et le mouvement dont il est l’inspirateur sont déjà l’objet remettent en question ces craintes. Ceci en dépit des propos de l’avocat d’Ahmet Şık, Bülent Utku, qui avait déclaré que « son client a été arrêté à cause d’un livre qu’il a récemment commencé à rédiger et qu’il souhaite intituler İmamın Ordusu (L’armée de l’imam). » Il expliquait alors que ce livre « décrit comment le mouvement Gülen est fermement ancré au sein de l’Etat. » Le 3 mars 2011, d’autres journalistes ont été arrêtés suite à des perquisitions effectuées à leur domicile et sont tous sont accusés d’avoir aidé le réseau Ergenekon. Le tribunal a donc confisqué le manuscrit L’armée de l’imam au cours de la perquisition effectuée au domicile d’Ahmed Şık car sa publication pourrait « servir les objectifs de l’organisation armée Ergenekon et pourrait empêcher un procès équitable. »
 
Un livre pour « dévaloriser l’enquête sur Ergenekon »
 
Le rapport de police, rendu public le 16 mars 2011, indique que le manuscrit d’Ahmet Şık intitulé L’armée de l’imam a été saisi ainsi que de nombreux autres documents informatiques lors d’une perquisition à Oda TV le 14 février 2001. Le rapport ajoutait que le document « Ulusal Medya 2010 » détaille « la stratégie actuelle de l’organisation terroriste Ergenekon tandis que les documents Word « Nedim » et « Hanefi » contiennent des informations prouvant que le livre de Hanefi Avcı Haliçte Yaşayan Simonlar (Les Simons de la Corne d’or) a été rédigé sur ordre d’Ergenekon. Le document Word « Sabri Uzun » comprend notamment cette note de lecture : « Sabri a des réserves à propos du sujet du livre, essayons de le convaincre. Il faut forcer Ahmet à travailler. Essaie de convaincre Sabri d’être cité comme auteur. Il faut se dépêcher, ce livre doit être prêt avant les élections. » Le rapport de police conclut en indiquant que « ces différents éléments prouvent que le livre L’armée de l’imam est une commande d’Ergenekon rédigé par Ahmet Şık, Nedim Şener, Soner Yalçın, Sabri Uzun et l’équipe d’Oda TV ainsi que par d’autres suspects non identifiés pour le moment. » Le rapport de police de 49 pages annonçait aussi que ce livre était un projet préparé en accord avec les stratégies évoquées dans le document « Ulusal Medya 2010 », avec pour objectif d’invalider l’enquête Ergenekon aux yeux du public. Le brouillon saisi par le procureur chargé de l’affaire, Zekeriya Öz, a été téléchargé le 31 mars 2011sur internet lors d’une campagne de désobéissance civile, reprochant au mouvement Gülen de contrôler l’appareil étatique. Ces allégations ne sont pas récentes. Des journalistes et des écrivains, qui ont observé l’intérêt croissant envers Fethullah Gülen depuis les années 1980, ont fait de nombreuses critiques envers le mouvement dont il est l’inspirateur et ont publié des articles et des livres très désobligeants. L’argument suivant lequel tous ceux qui critiquent Fethullah Gülen sont condamnés est-il valable ? Que sont devenus ceux qui l’ont critiqué ?
 
Les livres anti-Gülen, un fillon commercial
 
 La personne la plus à même de répondre à cette question est İsmail Arlı, propriétaire depuis 2003 de Togan Publishing. M. Arlı avait envoyé des enregistrements qui, selon lui, appartenaient à la chaîne de télévision privée de Gülen lors du coup d’Etat du 28 février 1997. Il avait aussi publié, entre autres, plusieurs livres qui critiquent Fethullah Gülen et le mouvement du même nom dont : Kanla Abdest Alanlar( Ceux qui font leurs ablutions avec du sang) d’Ergün Poyraz (2007), Cemaatin Copları (Les bâtons de Cemaat) de Zübeyir Kandıra (2010), « cemaat » étant le terme utilisé par les critiques et les adversaires de Gülen pour désigner le mouvement, AKP ve Gülen’i Kurtarma Planı: Made in CIA ( Le projet  pour sauver l’AKP et Gülen : Made in USA) de Serdar Öztürk (2011) ou encore Nurjuvazi’ d’Eren Erdem en 2011, « nurcu » étant également un terme utilisé pour désigner les membres du mouvement. M. Arlı nous indique qu’il n’a jamais dû  faire face à des pressions ou à des poursuites à cause de ces livres qui se sont d’ailleurs très bien commercialisés. Le livre de Zübeyir Kandira s’est vendu à 8.000 exemplaires et les ventes continuent à l’heure actuelle. « Le nombre total de livres anti-Gülen vendus dépasse les 30.000 exemplaires » ajoute-til. Arlı a remarqué que le manuscrit de Şık comprend 40 pages extraites du livre Cemaatin Copları. Après avoir lu un passage de l’armée de l’imam sur internet, l’auteur du livre a demandé à M. Arlı, son éditeur, de porter plainte pour plagiat contre Şık.
 
 
 
Faire ou ne pas faire du journalisme
 
Les ouvrages critiques publiés sur la vie et le mouvement de Fethullah Gülen ne sont pas tous du même acabit. Si le travail de Saygı Öztürk journaliste à la chaîne Samanyolu TV s’appuie sur des méthodes journalistiques, celui d’Ahmet Şık et de Nedim Şener, impliqués dans l’affaire Ergenekon, est tout autre.
 
De nombreux écrivains et journalistes turcs ont publié des articles ou des ouvrages très critiques à l’encontre de Fethullah Gülen. Saygı Öztürk, un vieux routier du journalisme, en fait partie, avec son livre Okyanus Ötesindeki Vaiz (Le prêcheur de l’autre côté de l’océan) publié par Doğan Books en 2010. Öztürk indique que ce livre s’est vendu à 25.000 exemplaires en un an, en ajoutant que ses livres sont tous fondés sur des preuves et des sources et qu’il interroge les personnes concernées avant de les publier. Il n’a jamais été accusé de quoi que ce soit, exception faite de violation de confidentialité. Saygı Öztürk, actuellement en poste à la chaîne de télévision Samanyolu TV, considère que ce type de travail doit reposer avant toute chose sur des pratiques et une éthique professionnelles. « Ma seule préoccupation est le journalisme, je n’insulte personne et je n’ai jamais été maltraité » explique-t-il. Un exemple qui contraste avec le cas des journalistes Ahmet Şık et de Nedim Şener, tous deux impliqués dans l’affaire Ergenekon. Selon Etyen Mahçupyan, ancien rédacteur en chef du journal arménien Agos, l’attitude d’Ahmet Şık et de Nedim Şener donne à penser qu’ils participaient bien à une opération. Il a annoncé leurs arrestations dans une chronique publiée dans Zaman, le 10 mars 2011, de cette façon : « Şener et Şık ont tous les deux écrits et écrivent actuellement des livres fondés sur des sources et des informations qui ne respectent pas les règles du journalisme. Les informations utilisées proviennent de groupes illégaux. Il est par conséquent légitime de demander qui en est le véritable auteur. Le livre peut être rédigé par vous, mais ce que vous écrivez dépend de vos sources qui peuvent vous influencer et vous manipuler. » M. Mahçupyan a conclu son article de cette manière : « L’argument mis en avant par les partisans de Şener et Şık est sans valeur. La véritable question à se poser est de savoir si leurs activités relèvent du journalisme. Malheureusement, leurs attitudes nous font penser qu’ils font partie d’un réseau plus important. »  
 
 
Alper Görmüş : « Ce livre n’est pas digne d’Ahmet Şık »
 
Alper Görmüş
 
M. Alper Görmüş, l’ancien rédacteur en chef de la revue Nokta où Şık travaillait en 2007 et qui a été sévèrement critiqué suite à l’arrestation de Şık pour ne pas l’avoir défendu, avait déclaré le 11 mai à Istanbul que son livre n’a « pas beaucoup de contenu » et que c’est un livre de propagande qui n’apporte rien de nouveau. « J’espère, avait-il poursuivi,qu’Ahmet sera relâché pour que nous puissions en discuter. Même si ce livre ne contenait rien d’intéressant, les gens pensent que des scoops y sont cachés et que c’estpour cette raison que le mouvement Gülen a tout mis en œuvre pour en empêcher la parution. Je pense que c’est une erreur. » Selon lui, « le procureur a le droit de chercher des notes d’un manuscrit non publié saisi à Oda TV, mais j’estime que c’est une erreur grave de sa part d’avoir empêché la publication de ce livre. »
 
 
 
Gülen acquitté des charges contre lui dès 2008
 
Dans une accusation lancée le 30 août 2000, Nuh Mete Yüksel, à l’époque procureur en chef de la cour de sûreté d’Ankara, demandait la condamnation de Gülen suivant l’article 7/1 de la loi antiterroriste n° 3713 et affirmait que Gülen était impliqué depuis 1989 dans des activités visant à établir une organisation illégale afin de créer un Etat religieux. Sa condamnation comportait les accusations que l’on retrouve aujourd’hui dans les écrits de ceux qui pensent que Gülen est intouchable. Il lui était notamment reproché de vouloir « créer une dictature islamique », « éradiquer la République turque » ou vouloir « éduquer des jeunes qui seront favorables à un islam politique en Turquie. » L’acte d’accusation ne faisait en aucun cas référence à des faits qui constitueraient une violation de la loi antiterroriste. Il ne reprochait pas non plus à Gülen, très connu pour son engagement pour le dialogue interreligieux et pour son opposition au terrorisme, de vouloir user de la violence. Les charges comprises dans l’accusation prétendaient se baser sur les opinions de Gülen énoncées dans les médias et sur ses activités. Il leur sera répondu que les propos incriminés de Fethullah Gülen ont été coupés et décontextualisés. La 11e haute cour de sûreté d’Ankara a acquitté Gülen le 5 mai 2006 en raison d’allégations infondées. Suite à l’appel fait par la partie adverse, l’acquittement a été confirmé le 5 mars 2008. Le bureau du procureur de la cour d’appel a protesté contre ce verdict le 4 avril 2008 mais la chambre de la cour d’appel a rejeté la demande du bureau du procureur le 24 juin 2008, rendant l’acquittement définitif. La décision du Comité Général Pénal de la Cour d’Appel Suprême signifie qu’aucune plainte ne peut être portée contre lui pour les mêmes raisons, sauf si le procureur affirme que l’offense a été répétée.
Paris

A lire aussi: