Hélène Flautre pour «une citoyenneté européenne de résidence»

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Invitée par la Fédération d’entrepreneurs et de dirigeants de France, la députée écologiste Hélène Flautre estime que l’immigration est une opportunité économique pour la France qui en bénéficie notamment pour ses services publics. Elle considère, par ailleurs, que la question de l’environnement, délaissée par les autres partis, sera l’enjeu décisif des cinq prochaines années. 

Pensez-vous que le thème de l’écologie a été bien défendu dans cette campagne présidentielle ?
Je ne fais pas confiance aux partis pour mettre au centre la question environnementale et l’approche écologique. Je crois que tous les partis à part Europe Écologie Les Verts (EELV), sont préoccupés par le productivisme. D’ailleurs tout le monde parle de croissance sans savoir ce que ça recouvre. Nous pensons que ces questions écologiques ne sont pas assumées sauf à la marge. Nous avons peu de temps pour redresser la barre, donc dans les cinq ans qui viennent il va falloir prendre des décisions importantes, si nous ne voulons pas passer dans un emballement immaîtrisable. Si nous attendons encore, nous serons dans la catastrophe permanente ! Cette question est essentielle, pas seulement pour l’amour de la terre, mais pour notre avenir commun. Je pense que la crise a beaucoup aidé à masquer le sujet. Pourtant la crise écologique est là, la transformation de nos modes de vie, de production, de déplacement devra être assumée et cela explique en partie les crises multiples dans lesquelles nous sommes. 
 
EELV est directement associé au thème de l’environnement. On connaît mal vos propositions au niveau économique et concernant le pouvoir d’achat. Quelles sont-elles ?
Quand nous parlons de transition écologique, nous entendons que cela va faire croître l’activité et cela nécessite que certaines autres décroissent. Toutes celles qui ont une empreinte écologique trop importante devront décroître. Nous avons un plan ambitieux d’isolation des bâtiments. Le chauffage c’est sur les revenus les plus modestes que ça pèse, les riches s’en foutent ! On peut diviser par deux leur facture de chauffage, ça reste une goutte d’eau ! Nous, fiscalement, industriellement, nous favoriserons toutes les activités qui nous permettront de réduire notre empreinte écologique parce que c’est vital pour la planète. Nous défendons un fort budget recherche et innovation parce que tous ces enjeux nécessitent de l’innovation, de la formation professionnelle. Je milite pour la sortie du nucléaire ! Fukushima c’est toujours pas réglé ! Donc la politique des apprentis sorciers, non ! La question du pouvoir d’achat passe par la réduction des dépenses, il faut l’augmenter surtout pour les revenus modestes. Isoler un bâtiment c’est (aussi) créer des emplois, économiser de l’énergie donc gagner de l’indépendance, éviter les gaz à effet de serre. Pour moi et pour Eva Joly, la perspective d’avenir, c’est la transformation écologique dans la justice qui peut donner du sens à l’avenir et des opportunités de vivre mieux pour les populations. 
 
Votre parti s’est prononcé en faveur du droit de vote des étrangers. Quelle politique de l’immigration défendez-vous ?
Aujourd’hui, on le voit avec les taux d’abstention chez les jeunes et les personnes d’origine immigrée, la question de la démocratie est décisive. Tout le monde doit pouvoir participer aux choix qui vont être faits. Je crois que ce qu’a fait le Sénat pour le droit de vote des étrangers est très important, et après les élections législatives il faudra remettre cette question sur la table. Il faut que chacun puisse se sentir pleinement citoyen, en situation d’assumer et de participer au choix, y compris en étant élu, (et) pas seulement en ayant le droit de voter. C’est une bataille très importante. Au niveau européen, on se bat pour la reconnaissance d’une citoyenneté européenne de résidence. Pendant ce temps, des chefs d’Etat égocentriques et populistes, me semble-t-il, parlent de remettre en cause Schengen, de rétablir le contrôle aux frontières etc. Nous sommes favorables (au contraire) à ce qu’avec la Turquie, nous envisagions la libéralisation des visas.  
 
Vous avez réalisé une série de vidéos pour déconstruire les clichés sur l’immigration. L’immigration est-elle encore une chance économique pour la France ? 
Nous avons sur l’immigration une vision ouverte qui n’est pas seulement due à notre attachement aux droits de l’homme, à l’éthique, à la morale ou à d’autres sentiments. C’est aussi une question qui économiquement fait sens, parce que la contribution des personnes d’origine étrangère est absolument décisive pour la dynamique économique et fait fonctionner beaucoup de nos services publics. Que seraient nos hôpitaux sans les médecins venus d’autres pays ? La plupart des urgences fermeraient. Il faut arrêter avec cette manipulation populiste des immigrés. Je crois que si la politique migratoire de la France et de l’Union européenne, parce qu’il n’y a pas un grand écart entre ces deux politiques, était avisée, la mobilité serait très largement facilitée, encouragée, pour donner aux personnes qui migrent tous les moyens de réussir. Donc (il faut) lever tous les obstacles des personnes qui migrent et qui arrivent dans nos territoires épuisées, humiliées, dépouillées.  Donc reconnaissons les droits, la pleine citoyenneté et les bénéfices apportés par les immigrés, leurs enfants, à la vie de la société française et je crois que ceci participera d’une nouvelle donne économique, sociale et culturelle qui sera bénéfique à tout le monde.
 
Paris

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