Par Emmanuelle Grimaud | ven, 31/08/2012 - 15:00
Mots clés : Insécurité, violence urbaine, laurent mucchielli, l'invention de la violence, essai, Politique, discours, Société

Souvent animés par des visées politiques, de nombreux discours confondent la violence, l’incivilité ou l’injure… De ces contradictions naît l’image d’une société de plus en plus victime de la violence. Le sociologue Laurent Mucchielli traite de ce problème dans son essai L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres et des faits.
A en croire le discours ambiant, nous vivons dans une société très violente. Celle-ci est instrumentalisée à coup de statistiques particulièrement douteuses que reprennent sans relâche les politiques dans leurs discours. Dans L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres et des faits (Fayard), Laurent Mucchielli, sociologue du CNRS spécialiste des questions de délinquance et de violence, s’en prend aux nombreuses idées reçues en la matière. La thèse du sociologue est de dire qu’il y a un décalage entre le discours des politiques ou des médias et la réalité de la violence. Son essai condense les recherches du sociologue sur ces dix dernières années en terme de sécurité. Ainsi, il prend appui sur de nombreux travaux existants, dont les siens, pour passer en revue différents thèmes qui sont aujourd’hui au coeur du débat public. Dans son livre, Laurent Mucchielli étudie le fait sociétal global, examine les chiffres, aussi bien que les statistiques officielles ou les résultats d’enquêtes de terrain auprès de la population.
L’insécurité, un fond de commerce politique
Il propose également une réelle mise en perspective historique comme pour mieux démentir les déclarations alarmistes sur une prétendue augmentation brutale, un rajeunissement et une féminisation de la violence. En clair, Laurent Mucchielli pointe la confusion récurrente entre sécurité et sentiment d’insécurité. Il met à bas les fantasmes concernant la «montée de la délinquance» des mineurs, celle des étrangers ou des immigrés, ou encore les homicides et les viols. Il est vrai que l’insécurité est un problème sérieux qu’il est nécessaire d’étudier de façon scientifique. Or, comme le montre Laurent Mucchielli dans son livre, c’est tout le contraire qui se produit. Le thème de l’insécurité est devenu un élément essentiel de la communication politique et le fond de commerce de certains partis ou mouvements politiques. Leurs déductions idéologiques sont motivées par l’appât du gain électoral au prix d’une exploitation de sentiments comme la xénophobie ou la peur. Le sociologue montre que ces sentiments révèlent plus que jamais l’état de notre société, l’évolution de nos valeurs, autrement dit les inégalités croissantes de richesse, les façons d’habiter les villes, les drames familiaux, l’échec scolaire, l’ampleur du chômage et la ghettoïsation de certains quartiers.
Paris
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