Il n’y aura pas de coup d’Etat militaire en Egypte

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Avec l’arrivée au gouvernement de Mohamed Morsi, certains Egyptiens dont les partisans de l’ancien régime de Moubarak souhaiteraient que l’armée intervienne en faisant un coup d’Etat. Mais pour le chroniqueur, l’armée n’en a simplement pas les moyens.

De même qu’il y a en Turquie beaucoup de gens qui, malgré les nombreux succès enregistrés ces dernières années, pensent que l’armée doit intervenir en faisant un coup d’Etat, certains Egyptiens commencent à revendiquer leur désir de voir l’armée renverser le gouvernement des Frères musulmans. Bien qu’ils soient conscients que l’armée n’est pas en mesure de résoudre les problèmes du pays, ils voient dans le coup d’Etat le seul moyen de se débarrasser du gouvernement des Frères musulmans. Parmi eux, on trouve les partisans de l’ancien régime de Moubarak. L’armée égyptienne entreprendra-t-elle un coup d’Etat à la faveur de ce contexte ? Si tel était le cas, est-ce qu’il mettrait fin à l’anarchie qui prévaut dans le pays ? Et l’Egypte sortirait-elle de cette situation de crise pour accéder à l’étape suivante ?
 

Un contexte défavorable aux militaires

La réponse est que rien de tout cela ne se produira, parce que l’armée n’en a simplement pas les moyens. Parce que dans un pays qui ne dispose que de 75 jours de réserves en devises, qui ne voit pas arriver de nouveaux investisseurs, où le tourisme se débat, où les différents mécanismes politiques ne fonctionnent pas et où la bureaucratie freine le développement par toutes sortes d’entraves possibles et imaginables, il est clair que les militaires ne possèdent pas de baguette magique. Si l’armée prenait le relais dans le contexte actuel, elle réussirait sans doute dans un premier temps à mettre fin à un certain nombre de phénomènes préjudiciables, mais à terme, elle ne manquerait pas de provoquer une instabilité plus grande encore. Il importe de trouver aujourd’hui des réponses à certaines questions importantes liées à la manière dont le régime de Mohamed Morsi ‒ dont la concentration des pouvoirs et la capacité de contrôle ont été encore affaiblis par les récentes manifestations à Port-Saïd qui ont rapidement fait tâche d’huile ‒ compte combattre les bandes qui ont pris possession des rues du pays, et imposer l’ordre à des manifestants qui commencent à constituer une sérieuse menace pour la sécurité du pays.
 

L’économie, véritable priorité

A ce stade, Morsi et les Frères musulmans sont seuls. Pour sortir l’Egypte de cette crise, ils ne peuvent en effet compter sur l’aide de personne. Dans l’état actuel des choses, le Fonds monétaire international (FMI) n’accordera pas de crédit à l’Egypte, un crédit qui aurait ouvert la voie aux investisseurs, les Etats-Unis n’accorderont pas de prêt au gouvernement Morsi, et les partis de l’opposition ne s’assiéront pas à la table des négociations pour essayer de trouver en commun des solutions pour le pays. Il semble bien, dès lors, que la solution devra être trouvée par les cadres des Frères musulmans. Si l’économie est bien la véritable priorité actuellement en Egypte, il n’en demeure pas moins qu’il faut trouver sans délai une solution au problème des bandes et des manifestants, qui sont à l’origine d’une grande peur parmi la population. Tant que les gens craindront pour leur sécurité, le gouvernement Morsi ne pourra pas prendre de mesures concrètes et aller de l’avant. Ce que doit faire aujourd’hui le gouvernement Morsi, c’est signifier simultanément deux choses aux Egyptiens : qu’il est en train de chercher une solution et qu’il est fort. 
 

La «chemise de feu» du pouvoir égyptien

La politique du «un pas en avant deux pas en arrière» que pratique Morsi n’a pas seulement pour effet de renforcer ceux qui cherchent à renverser le gouvernement, elle contribue également à aggraver l’inquiétude de la population. De sorte que la «chemise de feu», le fardeau du pouvoir, que portent les Frères musulmans, personne aujourd’hui, pas même l’armée égyptienne, ne voudrait la porter. Sur le front économique en effet, la sonnette d’alarme a retenti, ce qui a conduit à un accroissement sensible des tensions au sein de la population égyptienne. Or le fait est qu’en la matière la capacité de manœuvre du gouvernement Morsi est très faible. En fin de compte, ce qui est certain, c’est que l’Egypte traverse une période très difficile, une période durant laquelle chacun est appelé à devenir plus dur. Mais, dans le même temps, ce que nous voyons du jeu joué par l’opposition égyptienne est très comparable à ce que nous avons connu en Turquie : rien d’autre que des mots, des mots durs pour affaiblir ceux qui ont le pouvoir, et des critiques, ‒ mais aucune idée, aucune proposition pour parvenir à une solution.
 

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