Message d'erreur

  • Notice : Undefined index: und dans include() (ligne 30 dans /var/www/zaman/sites/all/themes/less/templates/node--article.tpl.php).
  • Notice : Undefined index: fr dans include() (ligne 50 dans /var/www/zaman/sites/all/themes/less/templates/node--article.tpl.php).

Ils écoutent Istanbul les yeux fermés

Mots clés : Art et culture

Dans un ouvrage collectif intitulé J’écoute Istanbul, 34 personnalités et anonymes turcs non-voyants témoignent de leur amour d’Istanbul et racontent le rapport très poétique et sensitif qu’ils entretiennent avec cette ville. Un fabuleux voyage effectué en écho au célèbre poème du même nom d’Orhan Veli.

Depuis des siècles, Istanbul constitue une source d’inspiration pour les poètes, les écrivains et les voyageurs qui ne se lassent pas de la raconter. Une ville incontournable autant pour ceux qui ouvrent l’oeil que ceux qui ne voient pas. Le chanteur aveugle turc Metin Şentürk affirme ainsi ne plus réussir à s’en passer. « Je ne vois peut-être pas les ponts reliant les deux continents, la majestueuse Sainte-Sophie, la Mosquée bleue qui lui fait face ou la Tour de Léandre dans la mer, mais je sens qu’ils valent la peine d’être contemplés car je pense que l’essence de cette ville qui me donne la joie de vivre se cache dans ces monuments », explique-t-il. Tout comme Metin Şentürk, 34 députés, artistes, écrivains, avocats, sportifs, médecins et psychologues, tous non-voyants, décrivent leur manière de ressentir la ville dans le livre intitulé J’écoute Istanbul (Istanbul’u Dinliyorum), paru aux éditions İstanbul Kültür AŞ.

A l’ombre du poète Orhan Veli

S’il ne peut la contempler, le musicien Muammer Ketencoğlu raconte comment Istanbul parle à ses autres sens : « Lorsque je suis arrivé à Istanbul pour la première fois, j’ai été surtout impressionné par le bruit de la mer que j’ai entendu à Şemsipaşa, à Üsküdar. Mais aussi par celui des mouettes qui portent sous leurs ailes et jusqu’à vos narines l’odeur de la mer. Beyoğlu a toujours été exceptionnel pour moi. Si vous écoutez les bruits qui vous entourent lorsque vous marchez dans l’avenue, vous entendez des chansons interprétées dans d’innombrables langues. Là-bas, vous êtes au plus près du monde, témoin tout à la fois de la pauvreté et de la richesse. » Parmi les écrivains de l’ouvrage, illustré de photographies d’Istanbul, préparé par Semih Kavak et édité par Yüksel Durgut, se trouvent Lokman Ayva, Eşber Yağmurdereli, Muammer Ketencoğlu, Hale Bacakoğlu, Gültekin Yazgan, Eşref Armağan et Gülcan Altun. L’âme du poète turc Orhan Veli semble errer au fil des pages, à travers lesquelles « souffle la brise » qui « agite doucement les feuilles des arbres » puis le chant des oiseaux, le cri des mouettes, comme dans son beau poème J’écoute Istanbul. Orhan Veli fournit également le point de départ de l’ouvrage. « Nous avons suivi les vers du poète Orhan Veli. Au départ, il y avait l’idée de contempler la coquetterie et les reflets d’Istanbul. Le poème sur Istanbul vue par Orhan Veli a été réécrit par ceux qui l’entendaient » indiquent les auteurs de l’ouvrage. Lokman Ayva, qui a perdu la vue après avoir été touché par la méningite à 11 ans, est député du parti de la Justice et du Développement (AKP). Il dit que la cécité ne l’affecte que très peu à Istanbul et qu’il aime la ville profondément même sans la voir, même s’il regrette de ne pouvoir la contempler. Hale Bacakoğlu, connue pour son succès dans un jeu télévisé diffusé sur la chaîne de télévision publique turque TRT, est présidente du département qui s’occupe des non-voyants au sein du ministère de l’Education nationale. Devenue aveugle à 16 ans, Hale ressent la tristesse de ne plus revoir les monuments témoignant de la richesse historique d’Istanbul.

De la difficulté d’être aveugle à Istanbul

Les témoignages publiés dans l’ouvrage montrent les difficultés que rencontrent les non-voyants qui vivent dans la métropole. Champion d’échecs de Turquie, Uğur Yuvarlak dénonce les conditions difficiles auxquelles il est constamment confronté : « Il est impossible pour moi de me promener dans la ville sans me blesser à la tête ou aux genoux. » Les phrases de Sacit Serim, ingénieur en électricité, révèlent à quel point le monde des non-voyants est inconnu des autres. « La vie est difficile à Istanbul pour les personnes handicapées, écrit-il. Parfois, tu ne sais pas à quel arrêt tu dois descendre car les bus ne sont pas dotés de système d’annonce sonore indiquant le nom des arrêts. Au musée, tu ne peux pas accéder à des informations sonores ou en relief sur une sculpture. Tu essaies de comprendre ce que te murmure la personne à tes côtés au cinéma parce qu’on n’y utilise pas la technique d’audio description » ajoute-t-il.

Istanbul

A lire aussi: