Jeunesse musulmane : revendications identitaires ou religieuses ?

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Une étude publiée récemment sur le rapport à la religion en Turquie fait un constat qui peut paraître paradoxal. Si le nombre de personnes qui se disent conservatrices a sensiblement augmenté, la pratique religieuse, elle, aurait plutôt diminué. La diminution est très faible mais elle témoigne de l’écart entre les pratiques religieuses et les discours. L’étude conclut sur le fait que les Turcs se définissent comme pratiquants et conservateurs lorsqu’ils sont interrogés mais qu’ils ne sont pas de plus en plus fidèles aux rituels islamiques. Si une enquête approfondie similaire devrait être menée sur les musulmans de France – et elle devrait être menée – les résultats seraient certes peut-être différents. Mais il n’en demeure pas moins que l’étude pointe du doigt une ambivalence propre à toute société où vivent des musulmans : la différence entre le religieux et l’identitaire. La dimension identitaire touche l’image que l’on a de soi dans le monde dans lequel on vit. Elle touche la façon de se définir dans un monde globalisé où les frontières et limites traditionnelles cèdent une par une. Or, le fait de se reconnaître dans une catégorie n’implique pas nécessairement une appartenance concrète à cette même catégorie. Il arrive même, au contraire, que moins une chose est vécue concrètement, plus elle est revendiquée dans le discours. Même quand elle touche le rapport à l’autre, avec l’aumône légale ou la prière en commun par exemple, la pratique religieuse se situe davantage dans une perspective personnelle, elle touche avant tout la question du salut individuel. Alors que le discours de définition de soi est plus dépendant d’un tissu social, politique et historique. Ainsi, on constate par exemple que des musulmans en contexte minoritaire, comme c’est le cas en France, seront dans leurs discours particulièrement sensibles à certaines questions qui en Turquie passeront plus facilement inaperçues. Autrement dit, l’augmentation des références religieuses, symboliques ou identitaires dans les discours n’est pas nécessairement la marque d’une augmentation équivalente dans les actes.

selamivarlik@zamanfrance.fr
Paris

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