Par Seyfeddine Ben ... | ven, 25/05/2012 - 18:48

Du 3 au 13 mai dernier s’est tenu à Istanbul le Festival international de marionnettes. Depuis maintenant quinze ans, c’est dans la patrie de Karagöz qu’a lieu cette manifestation internationale qui rend hommage à une forme spécifique, mais non mineure, du quatrième art. Karagöz est le nom d’un des personnages principaux du théâtre d’ombre traditionnel turc, et, par extension, de cet art lui-même. Le théâtre, dans son acception commune («pièces de théâtre»), est un phénomène récent dans la culture arabo-musulmane : c’est un art d’importation, venu d’Occident au XIXe siècle. D’autres traditions existaient néanmoins, dont le théâtre de marionnettes, et, singulièrement, le théâtre d’ombre, khayâl al-dhill, littéralement, «spectre de l’ombre». Des ouvrages mentionnent son existence en Iran, en Syrie et en Espagne à partir du XIIe siècle. Il est également attesté en Egypte au XIIIe siècle, trois pièces nous étant parvenues, dues à un certain Muhammad Ibn Daniel, ophtalmologue de son état, détail qui n’est sans doute pas fortuit. C’est de cette même Egypte que viendra Karagöz, «œil noir» ou «œil aveugle», précisément. Le chroniqueur mameluk Ibn Iyâs affirme en effet que l’art du théâtre d’ombre se serait diffusé en Anatolie à la suite de la conquête de l’Egypte par le sultan ottoman Selim Ier en 1517. Son origine première est plus lointaine : l’Inde, Java ou la Chine, par la route maritime de la soie, sur laquelle régnaient en maîtres les marchands musulmans. A l’appui de la thèse indienne, le fait que le personnage de Karagöz soit un Gitan et la prédominance, dans le jargon technique des montreurs d’ombre, des mots d’origine rome, une langue originaire du Rajasthan. Néanmoins la forme du théâtre d’ombre musulman correspond davantage au type chinois.
