KCK : un Etat clandestin dans l’Etat

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L’arrestation de l’éditeur Ragıp Zarakolu et de l’universitaire Büşra Ersanlı, accusés de lien avec l’Union des communautés kurdes (KCK), représente une étape politique importante pour le gouvernement dans sa lutte contre une organisation clandestine qui se pose en alternative kurde à l’Etat. Des intellectuels turcs ont néanmoins critiqué ces arrestations et appellent à la prudence.

L’arrestation de deux éminents intellectuels en Turquie, accusés de liens avec le PKK, a provoqué de nombreuses protestations. Une vingtaine d’intellectuels et d’universitaires se sont rassemblés jeudi matin devant un tribunal d’Istanbul pour protester contre l’arrestation de l’éditeur Ragip Zarakolu et de l’universitaire Busra Ersanli. Ces derniers sont soupçonnés d’appartenir au KCK (Union des communautés kurdes), considéré comme la branche urbaine et clandestine du PKK. Au total, 44 personnes, dont également plusieurs membres du parti pro-kurde Parti de la paix et de la démocratie (BDP), ont été arrêtées mardi pour liens présumés avec les terroristes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ragip Zarakolu est ancien directeur de la publication et éditorialiste du journal proche du PKK Özgür Gündem, notamment connu pour avoir publié des déclarations du leader de l’organisation, Abdullah Öcalan. En août 2010, Zarakolu avait été accusé de propagande terroriste pour avoir publié l’ouvrage de Mehmet Güler Le dossier KCK : l’Etat global et les Kurdes sans Etat. Il avait fait appel de sa condamnation, mais son dossier est toujours examiné en cour de cassation. Mme Ersanli est une scientifique qui faisait partie des membres du BDP, considéré comme la branche politique du PKK et qui avait refusé de dénoncer les dernières attaques de l’organisation terroriste. Les autorités accusent le KCK, qui chapeaute le mouvement politique kurde en prônant un système confédéraliste, de vouloir remplacer les institutions étatiques dans l’Est et le Sud-Est anatoliens, peuplés majoritairement de Kurdes, et de favoriser le terrorisme du PKK dans ces régions. Pour l’écrivain et intellectuel Orhan Miroğlu qui a été actif dans le mouvement pro-kurde, le KCK est une organisation politique qui est dirigée par Murat Karayılan, actuel leader du PKK, obéissant lui-même aux ordres d’Abdullah Öcalan. Pourtant, il refuse d’identifier les deux structures car, dit-il, si certains des membres du KCK ont bien eu recours à des actes violents ça n’est pas le cas pour tous.

Les critiques d’Etyen Mahçupyan
Alors que pour le procureur retraité Reşat Petek, le KCK est une structure étatique alternative qui collabore avec les terroristes, d’autres voix questionnent le cours pris par les opérations contre le KCK. Parmi eux, Etyen Mahçupyan, ancien rédacteur en chef du journal arménien Agos, rappelle que même des gens qui ont soutenu l’AKP critiquent ces vagues d’arrestations et refusent que ces critiques soient considérées comme un soutien au terrorisme et au PKK. Mahçupyan répondait aux propos de Yalçın Akdoğan, député d’Ankara et proche d’Erdoğan, qui a déclaré à Zaman que ces opérations représentent l’étape la plus importante de la lutte du gouvernement turc contre le PKK durant les trois dernières décennies.

 


 

Qui a raison dans le débat sur le KCK? / Mümtazer Türköne

 


Paris

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