Par Redaction | mer, 17/08/2011 - 15:32
La semaine dernière Hasan Basri Elmas, spécialiste de la Turquie à l’université de Saint-Denis, nous rappelait la gêne des médias français quand il fallait traiter de l’AKP.
Il faisait la comparaison avec Ben Ali et Moubarak en ajoutant que pendant des années ces journaux « ont présenté les militaires turcs comme un rempart contre l’islamisme. » Dans la répartition traditionnelle – et aujourd’hui quasi traditionnaliste – des rôles, l’AKP fait partie de la mouvance « islamiste », certes « modérée » mais islamiste quand même, alors que l’opposition représente la modernisation kémaliste. Pendant longtemps, les articles traitant de l’AKP était rythmés par le refrain de l’ « agenda caché », que le gouvernement avait vraisemblablement si bien caché qu’il est toujours invisible au bout de huit ans de pouvoir. Aujourd’hui, cette suspicion a laissé la place au risque de « menaces » ou de « dérives » « autoritaires » ou « autocratiques. » Un journaliste conclut même en se demandant si c’était cela, après tout, l’agenda caché. Cette grille de lecture n’est pas juste à l’égard de la profonde modernisation qu’a connue la Turquie depuis une décennie, et qui a été plébiscitée par un électeur sur deux, avec un taux de participation que nos démocraties européennes n’osent même plus envier. Il est indéniable que ces réformes sont insuffisantes, que le gouvernement a mal géré certains dossiers essentiels comme la question kurde. Il est aussi évident qu’en tant que personne Erdogan n’est pas irréprochable, qu’il a une très forte personnalité, que ces dix années de pouvoir ont pu lui donner quelques ambitions que son clan même questionne parfois. Et, à ce titre, on ne peut en vérité que se réjouir du scrutin qui forcera le Premier ministre à trouver un consensus avec l’opposition. S’il est nécessaire de relever ce tempérament, il est risqué d’en faire le leitmotiv d’une nouvelle menace car non seulement on ne rend pas compte des bouleversements que traverse la Turquie mais on se prive également de vrais arguments critiques. Il serait regrettable que ce souci de traquer le caché nous fasse passer à côté de ce qui est bien visible.
