Par Redaction | mer, 17/08/2011 - 15:50
La physionomie ou l’art de cerner une personnalité à travers son visage est une discipline très ancienne en Turquie. Les Ottomans la pratiquait couramment et le tout dernier ouvrage du docteur Orhan Erdem Yüz Okuma montre l’utilité de réhabiliter cette « science du visage. »
Dans une situation telle qu’une réunion professionnelle décisive ou une rencontre très importante, une bonne observation du visage de son vis-à-vis est un élément essentiel d’un bon entretien. Il existe toute une école de pensée défendant l’idée que le visage porte toutes les réponses des questionnements inévitables que l’homme se pose sur une personne rencontrée pour la première fois. Cet art de lire dans les visages permet de comprendre le caractère des gens et d’observer leurs traits avec soin. Il permet aussi d’avoir une idée sur la meilleure façon de communiquer avec les autres au niveau de leur comportement, de leur ouverture à l’apprentissage ou de leur résistance au stress. Cet art, développé en Europe dès le Ve siècle, était très populaire à l’époque ottomane.
La science du visage des Ottomans
A l’école Enderun ou à l’école du Palais, la lecture du visage a été enseignée comme ilmi sima (La science du visage). Les personnes qui atteignaient un certain rang au palais ottoman devaient recevoir des cours de lecture du visage par un professeur. Cet art était donc très familier dans les milieux ottomans. Lorsque la République de Turquie a été établie, l’art de la lecture des visages a été jeté à l’eau, comme de nombreux aspects de la culture ottomane. Mais aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, une première section académique de recherche a été ouverte sur ce « ilmi sima », dont beaucoup n’avaient jamais entendu parler auparavant. Les recherches du docteur Orhan Erdem sur cette discipline ont été rassemblées dans un ouvrage intitulé Yüz Okuma(L’interprétation du visage). Ce livre passe en revue les différentes techniques de lecture du visage et montre combien le caractère d’une personne peut-être cerné à partir de ces expressions faciales. La source d’information la plus connue de cette discipline, plongée dans l’oubli un siècle durant, est le Marifetname, écrit il y a 251 ans par İbrahim Hakkı Hazretleri. Orhan Erdem explique que la ilmi sima offre au public un vrai outil de compréhension permettant de prévenir les problèmes relationnels ou d’établir la meilleure attitude à avoir avec autrui.
De l’art du visage à l’art du langage
Erdem, qui est aussi sociologue, souligne que la société turque fait face à de sérieux problèmes en ce qui concerne la communication humaine. « Nous nous sommes vraiment éloignés de la politesse dans la communication et sommes devenus vulgaires et grossiers. » Il fait remarquer que souvent lorsque des personnes discutent entre elles, la communication prend fin avant même qu’elle n’ait vraiment commencé à cause d’un manque de compréhension de ce que l’autre peut ressentir et de la façon dont il pourrait interpréter la situation. Erdem note également que les gens ont tendance, de nos jours, à tout rapporter tel qu’ils le perçoivent. « Certes, nous avons du franc-parler, mais nous n’avons pas tout à fait l’air de savoir quand et avec qui nous pouvons parler de cette manière. A ce stade, si l’on peut apprendre la discipline de la lecture du visage, les gens pourraient développer les idées qu’ils se font des autres et ainsi améliorer leurs qualités de communication. »
