Par Aydin Albayrak | ven, 13/04/2012 - 14:40

La Turquie, malgré sa place de 17e économie du monde, ne fait pas partie des BRICS, ce regroupement de puissances économiques émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud). Pour les analystes politiques, la ligne trop atlantiste de la Turquie expliquerait cette prise de distance des pays du BRICS.
L’économie turque connaît une croissance rapide. Beaucoup ont cru dès lors que la Turquie serait invitée à rejoindre le club fermé des principaux marchés émergents. Cela n’a pas été le cas. Cette économie a connu une croissance de 8,5 % en 2011, et de 8,9 % en 2010. Ces chiffres placent la Turquie en tête de tous les pays de l’Union européenne et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en terme de croissance économique pour les deux dernières années. C’est pourtant l’Afrique du Sud, et non la Turquie, qui a été invitée à devenir membre du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). BRIC est un acronyme forgé il y a 10 ans par Jim O’Neill, un dirigeant de Goldman Sachs, pour désigner les principaux marchés émergents de l’économie mondiale. Durant la décennie écoulée, le produit intérieur brut (PIB) des pays du BRIC est passé de 3.000 à 135.000 milliards de dollars. Aussi, la Turquie semblait pour certains être un candidat plus probable au club des BRIC. Klaus Schwab, le fondateur du Forum économique mondial, avait proposé il y a plusieurs années que la Turquie, eu égard à l’augmentation rapide de sa compétitivité, rejoigne les BRIC. Mais c’est l’Afrique du Sud qui aura été admise en 2011 au sein de l’organisation nommée à présent BRICS. Pour certains experts, l’économie n’est pas le seul critère pour être invité à rejoindre ce club économique : la politique internationale entre également en ligne de compte. Selon Soliman Yasar, professeur d’économie à l’université d’Istanbul et éditorialiste du quotidien Sabah, la Turquie était censée être admise avant l’Afrique du Sud, pays dont l’économie est de moindre importance, et qui souffre d’un taux de chômage supérieur à 20 %.
La Turquie 17e, l’Afrique du sud…27e !
Seulement voilà, aucun pays des BRICS n’est membre de l’OTAN, souligne l’universitaire dans un entretien donné à Zaman, contrairement à la Turquie, qui non seulement est liée à l’Europe par un accord d’union douanière, mais est également un proche allié des Etats-Unis dans la région. «Ce sont précisément ces faits qui semblent constituer des obstacles à l’admission de la Turquie au sein des BRICS» a-t-il commenté. L’argument semble solide. Le PIB de la Turquie était de 772,2 milliards de dollars en 2011, et de 731 milliards de dollars en 2010, contre, respectivement, 430 et 364 milliards de dollars pour l’Afrique du Sud. La Turquie est la 17e économie du monde ; l’économie sud-africaine est 27e. Et d’après l’analyse d’un économiste à la Fondation turque pour la recherche en politique économique (TEPAV), Esen Çaglar, l’économie turque pourrait grimper au 13e rang mondial, si l’on pouvait tout simplement réussir à avoir davantage recours au travail des femmes et augmenter la productivité du travail de l’ordre de 33 %. Il est significatif qu’aucun des pays des BRICS, qui totalisent ensemble un quart du PIB mondial, n’est étroitement lié aux actuels «maîtres du monde». D’ailleurs, lors du quatrième sommet des BRICS, qui s’est tenu en Inde le 29 mars dernier, les chefs d’Etat ont blâmé l’Occident pour le désordre financier à l’échelle mondiale et appelé à réformer les institutions internationales telles que le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et le Conseil de sécurité de l’ONU. Les quatre puissances ont également souligné que le dialogue était le seul moyen de résoudre les crises syrienne et iranienne. Il est donc clair que la position politique des BRICS n’est pas en accord avec celle de l’Occident, et que, lorsqu’elle choisit d’agir de manière conjointe, c’est l’Occident que la Turquie choisit généralement.
Paris
A lire aussi:
23 Mai, 10:47
23 Mai, 10:40
