Par Emre Demir | ven, 17/02/2012 - 10:45

Pour la première fois, la Cour européenne des droits de l’homme vient d’officialiser la légalité et la légitimité du procès intenté contre le réseau criminel Ergenekon. Une avancée pour la justice turque souvent épinglée pour les arrestations de journalistes comme celle de Tuncay Ozkan.
Emre Demir Strasbourg
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a reconnu le caractère légitime du procès intenté contre le journaliste Tuncay Ozkan, accusé d’implication dans l’affaire Ergenekon. Pour cette haute autorité juridique, les plaintes du journaliste turc, concernant le caractère illégal de son arrestation et l’inéquité de la procédure judiciaire, ne sont pas fondées. La CEDH a également qualifié le réseau Ergenekon, incriminé dans cette affaire, d’« Organisation terroriste ayant tenté de déstabiliser le gouvernement par l’usage de la force » et a déclaré qu’elle attendrait que les procédures judiciaires en cours concernant le cas d’Ozkan soient bien définies. La Cour européenne a également rejeté les revendications d’Ozkan, selon lesquelles son droit à la liberté provisoire aurait été violé. La plainte concernant le temps qu’il a passé en prison sera fixée ultérieurement, dans une décision provisoire. Pour la CEDH, il existe une « preuve solide » de l’existence de ce réseau criminel : la demande d’Ozkan à être jugé sans arrestation a donc été rejetée par la Cour, sous prétexte que cela alourdirait la tâche des forces de l’ordre dans leur lutte contre le crime organisé.
Un faisceau de preuves confondantes
Des sources en provenance de la CEDH ont également affirmé à l’agence Cihan que l’affaire du journaliste Ozkan est susceptible de créer un précédent dans les cas d’autres plaintes liées au procès Ergenekon. Cette décision officielle de la Cour européenne est la première concernant le réseau criminel infiltré au sein de la hiérarchie d’Etat dans le but de renverser le gouvernement AKP. La Cour a également confirmé qu’Ozkan a été privé de son droit de liberté provisoire en raison de son appartenance à une organisation terroriste visant à déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu. Elle a notamment ajouté que Tuncay Ozkan avait saisi nombre de documents appartenant aux forces de sécurité, avait dirigé une chaîne de télévision diffusant des programmes conçus par Ergenekon et avait conservé une bombe à son propre domicile. Les juges de la Cour européenne ont également affirmé qu’il existait des enregistrements téléphoniques de conversations entre Ozkan et des militaires membres d’Ergenekon, ce qui renforçait les preuves contre lui, et ont souligné que son arrestation était donc légale. Tuncay Ozkan, l’ancien propriétaire de la chaîne de télévision Kanalturk TV avait été arrêté fin septembre à Istanbul, dans le cadre d’une enquête sur Ergenekon. D’après la CEDH, l’arrestation du journaliste ne contrevient pas à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), pas plus que les allégations d’Ozkan, selon lesquelles il n’aurait pas été informé des charges qui pesaient contre lui.
