L’UMP drague les électeurs du FN, qui draguent ceux de l’UMP...

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Alors que tout le monde parle de la candidature de Nicolas Sarkozy, la question qui se pose est celle du type de campagne qu’il mènera. Les dernières sorties de ses ministres semblent annoncer un scénario proche de 2007 : donner des gages à l’électorat du FN. Mais face à cette offensive de l’UMP, Marine Le Pen a déjà préparé la riposte en amorçant une dédiabolisation de son parti autour d’un discours laïc ciblé sur l’islam.

A moins de 70 jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’UMP a repris du poil de la bête. Les dernières déclarations de Claude Guéant sur l’inégalité des civilisations qui « ne se valent pas » et le durcissement de la politique anti-immigrés souhaitée par Sarkozy annoncent déjà la couleur : rééditer le coup de maître de 2007 en raflant le vote FN. Mais une telle stratégie est-elle encore possible après cinq années d’un mandat au bout duquel beaucoup d’électeurs FN se sont sentis floués par le président Sarkozy ? Pour Sylvain Crépon, sociologue spécialisé sur l’extrême droite et auteur de La nouvelle extrême droite. Enquête sur les jeunes militants du Front national (L’Harmattan), la réalité électorale reprendra le dessus sur les vieilles rancunes du FN à l’égard de l’UMP. « On s’achemine vers un deuxième tour droite/gauche [...] A partir de là, l’électorat FN va très peu voter pour le candidat Hollande », dit-il, observant qu’il y a « des militants de droite ralliés au FN qui vont voter Sarkozy, même la mort dans l’âme, car pour eux ce sera tout sauf la gauche ». « Ils le feront d’autant plus que Sarkozy leur donnera des gages » notamment en direction de ce que les politologues appellent « l’électorat de la boutique » (les petits commerçants, les artisans). Un avis que ne partage pas tout à fait Elyamine Settoul, doctorant et professeur de sociologie et des sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Paris.

Se démarquer du père
M. Settoul considère que cette stratégie de captation du vote FN est « vouée à l’échec ». S’il s’accorde à penser que le report des voix du Front national se fera en faveur de l’UMP grâce aux thématiques communes de la sécurité ou l’immigration, Elyamine Settoul estime néanmoins qu’« en braconnant sur les terres du FN, ce parti [UMP] fait un grand écart très risqué », car « ses militants les plus républicains ne s’identifient plus à ce discours “FN light” ». Quant aux autres, « ils peuvent s’interroger pour savoir si l’original ne vaudrait pas mieux que la copie », ajoute le politologue. Mais le FN ne compte pas en rester là. Face aux manoeuvres de récupération électorale de l’UMP, Marine Le Pen a déjà mis en place, depuis sa prise de pouvoir au FN, une nouvelle stratégie de dédiabolisation de son parti orientée autour de deux axes. « Se démarquer des provocations de son père sur la Shoah et essayer d’avoir des contacts avec la communauté juive de France », explique Sylvain Crépon. Cette stratégie marcherait mieux à l’étranger. « On a vu que Marine Le Pen a été reçue par l’ambassadeur israélien à l’ONU, Ron Prosor, et que Louis Aliot, le numéro deux du parti est allé en Israël et dans les colonies », même si en France « des ponts peuvent être faits avec les réseaux juifs de l’OAS » (L’Organisation armée secrète, partisane de l’Algérie française).

Une dédiabolisation républicaine
L’autre axe est le combat contre l’islam, « cible préférée » du FN, au nom de la République. Une innovation majeure pour le parti d’extrême droite. « Historiquement, le Front national est sans doute le parti le plus anti-laïc en France », confirme M. Crépon. « La nouveauté de Marine Le Pen, c’est de se vouloir le défenseur de la laïcité en disant que les musulmans ne la respectent pas » et donc « qu’il y a incompatibilité entre l’islam et la laïcité », analyse le sociologue. Au-delà du fait que ce discours contredit toutes les enquêtes sérieuses faites sur le sujet, il permet de « justifier la xénophobie avec des arguments démocratiques ». « Marine Le Pen a compris qu’arriver au pouvoir passerait par des alliances avec la droite, donc elle veut enfoncer le cordon sanitaire en donnant des gages démocratiques », confirme Sylvain Crépon. Changer de discours et d’image, une vieille recette d’experts en communication qui, là encore, atteste de la volonté de la leader frontiste de normaliser sa présence sur l’échiquier politique. « C’est une stratégie de communication destinée à rendre respectable un parti xénophobe », considère Elyamine Settoul, citant « les récentes directives du FN d’exclure les skinheads » du mouvement, « pour séduire “monsieur tout le monde” », ajoute-t-il.

Paris

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