Par Fouad Bahri | ven, 01/06/2012 - 11:34
Mots clés : Goldman Sachs, Traders, crise alimentaire, speculation, famines, finance, dérives capitalisme, mondialisation, Economie

L’ouverture du marché des prix alimentaires à la spéculation financière et la création de nouveaux indices ont entraîné ces dernières années une déstabilisation des cours des produits alimentaires.Face aux dérives des pratiques des traders, les producteurs locaux et les consommateurs du sud sont désormais confrontés à une paupérisation massive de leurs conditions de vie.
Trader, Margin Call, Cosmopolis… Les films réalisés sur le milieu de la finance et le métier de trader n’ont cessé de se multiplier ces dernières années, illustrant l’intérêt grandissant et les interrogations du public sur ce sujet. Jouissant d’une réputation sulfureuse, les traders, ces maîtres-d’œuvre de la spéculation cristallisent toutes les craintes liées aux dérives de la mondialisation, y compris dans les pays du sud où l’on saisit davantage les répercussions concrètes de leurs activités au quotidien. Dans la ligne de mire des habitants des grandes villes africaines ou des métropoles asiatiques se trouve l’angoisse liée aux variations des prix des denrées alimentaires provoquées par les opérations financières des traders.
L’inflation des prix alimentaires
Fondé sur l’idée de contrat à terme, forme d’accord entre l’acheteur et le vendeur sur un prix raisonnable, les marchés agricoles avaient trouvé depuis plusieurs décennies un bon compromis pour stabiliser les prix et garantir, plus ou moins bien, aux agriculteurs des revenus.Comme l’explique très bien le journaliste Frederick Kaufman dans un article phare intitulé Comment Goldman Sachs a provoqué la crise alimentaire, sur Slate.fr, dans ce type d’organisation se trouvent plusieurs acteurs : «les fermiers, les meuniers et les grossistes, les acteurs du marché qui sont véritablement intéressés par les fondamentaux du marché agricole. Il ne s’agit pas seulement des producteurs de maïs de l’Iowa ou des producteurs de blé du Nebraska, mais de grandes multinationales comme Pizza Hut, Kraft, Nestlé, Sara Lee, Tyson Foods et McDonald’s», écrit-il. Puis, il y a quelques années, un nouvel acteur s’est imposé à la faveur d’une série de dérèglementations avantageuses pour les marchés financiers, beaucoup moins pour les producteurs locaux : le spéculateur. «Le spéculateur ne produit et ne consomme pas de maïs, de soja ou de blé; il ne saurait pas où stocker les 20 tonnes de céréales qu’il est susceptible d’acheter à tout moment si jamais elles lui étaient livrées.
Goldman Sachs a faussé les règles du jeux
Les spéculateurs ont recours à une méthode classique, celle qui consiste à acheter à bas prix dans l’espoir de revendre plus cher» poursuit le journaliste. Cette évolution des pratiques commerciales s’est accompagnée de la création de nouvelles valeurs comme l’indice GSCI lancé par la grande banque internationale Goldman Sachs qui a faussé les règles du jeu car «l’indice GSCI ne comprend pas de mécanisme pour vendre une matière première (vente à découvert ou position courte)». Résultat : ces nouvelles règles ont eu «des répercussions sur la nature même du marché des matières premières, les banques se retrouvant contraintes d’acheter encore et encore (et ce, peu importe à quel prix)».
Les traders changent de valeurs refuges
Une inflation des prix alimentaires s’en est suivie, surprenant les fleurons industriels de l’agroalimentaire et l’ensemble des populations frappées par les conséquences dramatiques pour elles d’une hausse du coût du blé ou du sucre. La crise financière de 2008 n’a fait que prolonger ce processus, les traders n’ayant plus confiance dans les valeurs refuges traditionnelles et monétaires qu’étaient le dollar, la livre sterling et l’euro et ayant vu dans les matières premières un moyen sûr de placer l’argent de leurs fonds spéculatifs, fonds de pension et fonds souverains. D’après le site d’information en ligne, «entre 2003 et 2008, la spéculation sur les fonds indiciels a augmenté de 1900 pour cent». Aujourd’hui, les réserves mondiales sont victimes d’un approvisionnement limité et sont confrontées à une demande accrue de céréales, les banques d’investissement ayant entraîné «une hausse artificielle du prix des marchés à terme de céréales». La hausse des prix a également entraîné celle des graines aux engrais et du carburant diesel, éléments clés de la production agricole, frappant doublement et les agriculteurs et les consommateurs. Conséquence : «le nombre de personnes affamées a augmenté de 250 millions en 2008, portant le nombre total de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans le monde à un milliard» conclut Frederick Kaufman.
Paris
A lire aussi:
24 Mai, 16:52
24 Mai, 10:03
