Par Joost Lagendijk | ven, 07/09/2012 - 11:35
Mots clés : Europe, entrée politique européenne, décisions communautaires, Union Européenne, Allemagne, fonds souverains, Joost Lagendijk, président de la commission parlementaire mixte ue-turquie, Chronique
Avec la rentrée politique européenne, de nombreuses décisions communautaires détermineront de l’avenir de l’UE. Parmi elles, l’adoption ou non, par l’Allemagne, d’un mécanisme européen de stabilité pour protéger les fonds souverains. D’après Joost Lagendijk, président de la commission parlementaire mixte UE-Turquie, les répercussions de ces débats affecteront la Turquie, quoi qu’il arrive.
Les vacances sont finies, y compris pour la politique européenne. A partir de maintenant, nous allons assister à quelques semaines frénétiques de gestion de crise en zone euro. Les enjeux sont importants. La France et l’Allemagne ont bouclé leur ceinture et décidé de mettre en place un organe de décision conjoint destiné à formuler des réponses communes aux défis à venir. Voilà une bonne nouvelle, parce que sans une étroite coordination entre les deux plus grands acteurs au sein de l’UE, la zone euro n’a aucune chance de pouvoir aller de l’avant. Quels événements risquent de se produire dans les deux prochaines semaines ? La Banque centrale européenne (BCE) devrait annoncer sous peu sa volonté d’acheter des obligations souveraines d’économies en difficulté, comme l’Espagne et l’Italie, afin de limiter les coûts d’emprunt de ces pays. En Allemagne, ces plans rencontrent une forte résistance de la part des banquiers et des hommes politiques. Ils affirment que l’intervention de la BCE sur les marchés obligataires outrepasse son mandat et qu’elle reviendrait, comme l’a déclaré le président de la Bundesbank Jens Weidman à Der Spiegel, à «financer l’Etat par le biais de la planche à billets». Tout le monde est curieux d’ailleurs de voir comment le nouveau groupe de travail franco-allemand réussira à concilier les vues de Berlin et de Paris sur une question aussi controversée.
Vaincre l’euroscepticisme des Européens
Une alternative à l’action de la BCE serait de renforcer les pouvoirs du fonds de sauvetage de l’UE nouvellement créé, le mécanisme européen de stabilité (ESM), dont le mandat comprend l’intervention sur le marché obligataire. Le problème est que le statut de l’ESM est encore sujet à débat sur le plan juridique, ce qui nous amène à la deuxième date importante de l’agenda d’automne de l’Europe. Le 12 septembre est un jour important pour l’Union européenne, pour deux raisons. Tout d’abord, la Cour constitutionnelle allemande décidera si l’ESM est compatible avec la Constitution du pays. A supposer qu’elle le fasse, il faudra attendre au moins quelques mois avant que l’ESM soit en mesure de commencer ses activités. Un tel retard ne serait pas de nature à créer cette confiance dans les marchés financiers que la zone euro recherche désespérément. Le même jour, les électeurs néerlandais se rendront aux urnes pour élire un nouveau Parlement. À l’heure actuelle, deux partis sont clairement en tête dans les sondages : le Parti socialiste eurosceptique et le Parti libéral, auquel appartient le Premier ministre Mark Rutte, qui a clairement signifié son opposition à toutes les propositions qui donnent plus de pouvoirs aux institutions européennes. Voilà qui n’augure rien de bon pour l’éventuel plan destiné à donner à l’ESM un rôle plus important. Et cette intransigeance néerlandaise rend peu probable qu’Angela Merkel puisse arriver à remplir ses objectifs à la fin de l’année pour la rédaction d’un nouveau traité européen. La chancelière allemande est d’avis, à juste titre selon moi, que l’UE a besoin d’une nouvelle base juridique pour permettre aux institutions européennes de contrôler et, le cas échéant, de corriger les budgets des Etats membres.
L’épine grecque dans le pied européen
Enfin, bien sûr, il y a la Grèce. Officiellement, aucune décision ne sera prise avant la mi-octobre, date à laquelle les dirigeants de l’UE se rencontreront. Les spécialistes de la Commission européenne, de la BCE et du Fonds monétaire international (FMI) vont passer tout le mois de septembre à Athènes à vérifier les comptes. Et c’est sur la base du rapport qu’ils établiront ce que l’UE devra décider. Le gouvernement grec sera-t-il en mesure de convaincre les experts de la solidité des mesures d’austérité qu’il a prises ? Le cas échéant, l’aide de l’UE devrait se poursuivre et la Grèce pourrait rester dans la zone euro. Ou est-ce que les dirigeants de l’UE estimeront que, malheureusement, la Grèce est une cause perdue ? Partout en Europe on élabore des plans pour parer à l’éventualité où une sortie de la Grèce de la zone euro deviendrait inévitable. Tous ces scénarios aboutissent à une conclusion gênante : personne ne sait vraiment ce qui va se passer ensuite. Beaucoup craignent que les Etats membres de l’UE se voient encore moins remboursés que s’ils avaient négocié une restructuration raisonnable de la dette en maintenant la Grèce dans la zone euro. Un petit conseil pour tous ceux qui, en Turquie, pensent que tout cela est sans importance, parce que l’économie turque est suffisamment robuste et qu’elle ne sera pas affectée par une Banque centrale européenne paralysée, la division de l’UE ou la sortie de la Grèce de la zone euro : continuez de rêver.
J.lagendijk@todayszaman.com
A lire aussi:
11 Juin, 19:17
13 Mai, 15:00
24 Avril, 12:33
22 Mars, 11:09
