Par Redaction | mer, 17/08/2011 - 14:13
Les dernières élections du Conseil français du culte musulman ont accentué un peu plus la perdition de l’institution représentative. Dénué de bilan et déchiré par des conflits internes de pouvoir, le CFCM pourrait disparaître du paysage, en l’absence de réformes profondes.
La crise révélée lors des dernières élections du Conseil français du culte musulman (CFCM), favorables à la composante marocaine de l’islam en France face à ses rivaux algériens, ne cesse de croître depuis la création de cette institution. Le Rassemblement des musulmans de France (RMF), issu de l’ex-Fédération nationale des musulmans de France créée en 1985 et proche du Maroc, est sorti vainqueur du scrutin, mais sans triomphe, puisque sans adversaire de taille. Si bien que dès le lendemain des élections aux conseils régionaux, lundi dernier, qui lui ont valu 62 % des voix de 3.176 délégués votant dans 25 régions, la Grande Mosquée de Paris (GMP) affirmait déjà que « ce scrutin n’est en rien représentatif de la totalité des musulmans de France et des mosquées. »
Des délégués au mètre carré !
Deux des principales composantes du CFCM, la GMP et l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF) avaient appelé à boycotter les urnes. Toutefois, deux des huit fédérations de la GMP, celle du Languedoc-Roussillon et celle de Provence-Alpes-Côte d’Azur, sont passées outre. Créé en 2003 par le ministère de l’Intérieur occupée alors par Nicolas Sarkozy, le CFCM était censé devenir l’interlocuteur des pouvoirs publics pour toutes les questions liées à l’islam, qui représente 4 à 5 millions de musulmans en France. Le nombre de délégués élus aux Conseils régionaux du culte musulman se calcule en fonction de la surface des lieux de culte : une salle de prière de 100 mètres carrés donne droit à un délégué, une mosquée de plus de 800 mètres carrés aura 15 délégués.
L’UOIF en proie à des « divergences »
Les Algériens soupçonnent d’ailleurs leurs rivaux marocains de financer l’acquisition de lieux de culte pour avoir plus de représentants au CFCM. Quant à l’UOIF, elle a connu ce week-end « une crise dans la crise. » Alors qu’elle rejette toute influence venant de l’étranger - du Maroc et de l’Algérie - son président Fouad Alaoui a démissionné pour « cause de divergence » au sein du conseil d’administration. Ahmed Jaballah, théologien d’origine tunisienne, a été élu pour lui succéder. Le 19 juin, les conseils régionaux réunis en assemblée générale éliront à leur tour le bureau exécutif et le conseil d’administration du CFCM, lequel choisira le nouveau président du CFCM. Mohammed Moussaoui, président en exercice et candidat à sa propre succession, estime que « cette instance, comme toutes les structures en phase de construction, nécessitera encore du temps pour permettre à chaque composante de s’y retrouver. »
Les principales associations musulmanes en France
Plusieurs associations représentent les musulmans en France, selon leur pays d’origine ou leur pratique de l’islam :
- La Fédération de la Grande Mosquée de Paris (GMP), fondée en 1923, regroupe des Algériens et reste liée - y compris financièrement- à l’Algérie.
- Le Rassemblement des musulmans de France (RMF), issu de l’ancienne Fédération nationale des musulmans de France créée en 1985, est, lui, très lié au Maroc.
- L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), fondée en 1983 par des Frères musulmans. Très active sur le terrain, y compris sur le plan social et éducatif, elle compte également de nombreux Marocains, mais aussi des Tunisiens et des Algériens. Elle milite pour une indépendance financière des musulmans de France à l’égard de leur pays d’origine.
- Le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), créé en 1986, est directement lié au Bureau des affaires religieuses de Turquie. Ses imams sont formés par l’Institut culturel français d’Ankara.
- La Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), créée en 1989.
- Foi et pratique : association proche de la mouvance Tabligh, mouvement piétiste.
