La modernité et la nostalgie de l’absolu

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Malgré son retentissement intellectuel, le triomphe des Lumières n’a pas su apporté la paix de l’âme à l’homme moderne. Dans un ouvrage sur les rapports de l’Occident à la religion, Les sectes du millénaire, Ali Köse démontre que ce vide moral a encouragé le développement des sectes tout en soulignant qu’un modèle associant valeurs modernes et religieuses, à l’instar de la Turquie, reste possible.

La modernité, née avec la Révolution industrielle et les Lumières, a apporté un sentiment de solitude et de vide. Tel est le constat de l’ouvrage Les sectes du millénaire du spécialiste en psychologie religieuse Ali Köse sur les rapports du monde occidental à la religion qui propose une étude sur la montée des courants mystiques dans le monde occidental après les années 1960. L’auteur développe la thèse selon laquelle les individus insatisfaits de la vie matérialiste sont à la recherche de la moralité perdue du fait de la rationalité. Les individus qui n’ont pas trouvé la satisfaction dans le christianisme recherchent très souvent la libération dans les croyances religieuses d’origine orientale, dont l’intensité s’accroît parallèlement au besoin. Ali Köse analyse dans son ouvrage les courants mystiques qui ont poussé à des suicides collectifs aux Etats-Unis et en Europe de 1978 à 1997. Les études qu’il réalise l’orientent vers une première conclusion : c’est à cause du vide moral que ces individus choisissent les sectes. 
 
L’échec des idéologies de substitution
La société occidentale n’a commencé à subir les conséquences de la Révolution industrielle et des Lumières qu’à partir des années 60. Avant cette période, la religion comblait le manque et l’homme y trouvait un réconfort. Or, la nouvelle idéologie qui remplaça la religion n’était pas dotée de ce mécanisme. Comme le dit le sociologue américain Peter Berger, le modernisme et les idéologies brillantes du 20e siècle n’ont pas réussi à réconforter les hommes comme le faisait la religion. A partir des années 1970, les courants religieux orientaux sont entrés en scène dans le monde occidental afin de combler ce vide. D’après le professeur Ali Köse, la modernité se base sur trois éléments : «la rationalité, la laïcité et l’individualité». «La rationalité ne satisfait pas les hommes car nous sommes des êtres irrationnels», affirme-t-il. 
 
Une religion pour les athées ?
L’homme contraint d’être rationnel a commencé à se comporter de manière totalement irrationnelle d’après l’auteur. La modernité, mal comprise, a donc entraîné la disparition de l’esprit communautaire et la méconnaissance des enseignements de la religion. La conclusion de Köse repose sur les données fournies par des chercheurs spécialisés sur le modernisme tel que le sociologue Peter Berger. Pour le sociologue américain, la religion aurait été vaincue par la modernisation. Cependant, 30 ans plus tard, il acceptait que le monde était devenu au contraire encore plus religieux car les universités américaines rivalisaient pour obtenir par exemple une conférence du Dalaï-Lama. L’ouvrage d’Alain de Botton intitulé Une religion pour les athées publié peu de temps après, vient également conforter la thèse de Köse. «Nous, les athées, dit-il, sommes dans l’erreur en ignorant et en nous opposant aux doctrines religieuses. Je ne crois pas au surnaturel. Pour moi, Dieu n’existe pas, mais j’ai sous la main des règles inventées par la religion qui me permettront de vivre humainement. Je peux les utiliser» poursuit-il. 
 
La réussite de la synthèse turque
Pour Ali Köse, la société moderne turque est capable d’allier conservatisme, modernité et dévotion, et n’est pas condamnée à sombrer dans le pessimisme d’un scénario à l’occidentale. «La dévotion a attiré l’attention en ville car elle était peu visible mais en réalité elle a toujours été en nous», dit-il. Tandis que les intellectuels ne croient pas en l’association de la modernité et de la dévotion, la Turquie a réussi à être à la fois moderne, conservatrice et pieuse.
Istanbul

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