Par Redaction | jeu, 12/01/2012 - 14:22

Le célèbre chef d’orchestre Alpaslan Ertungealp, fin connaisseur de la musique turque, explique comment les Ottomans ont adopté la musique classique dès le début du XIXe siècle. Une vérité historique qui bat en brèche l’idée reçue attribuant l’usage de cet art à la culture moderne et républicaine.
Alpaslan Ertungealp, chef d’orchestre qui a commencé à étudier la musique alors qu’il n’avait que sept ans, contre l’avis de son père qui lui disait « surtout ne deviens pas musicien ! », a acquis désormais une grande notoriété dans son art. Installé à Budapest, en Hongrie, Alpaslan Ertungealp a été primé à de nombreuses reprises et occupe depuis le mois d’avril le poste de 1er assistant du grand chef d’orchestre italien Claudio Abbado. Fin connaisseur de la musicologie, M. Ertungealp affirme que la musique classique en Turquie n’a pas été découverte sous la République mais dès les années 1800. Les souverains ottomans avaient, à cette époque, l’habitude de faire venir des musiciens au palais afin qu’ils leur composent des œuvres. Alpaslan Ertungealp, qui a interprété la musique du film d’animation « Allah’ın Sadık Kulu : Barla » [Barla le fidèle serviteur de Dieu] explique la raison pour laquelle les souverains ottomans avaient souhaité introduire la musique occidentale au Palais. « Leur vision du monde reposait à l’époque sur leur volonté de rassembler les différentes cultures, langues et traditions afin de faire émerger une culture mondiale » raconte-t-il à Zaman. D’après lui, il s’agissait d’une pensée à la fois humaniste et idéaliste.
Le déclin mondial de la musique classique
A l’instar de nombreux domaines, « l’introduction de la musique occidentale dans les palais ottomans – dont la pratique s’est poursuivie depuis la naissance de la République et ce, jusqu’à aujourd’hui – est donc avant tout le fruit de la pensée des souverains ottomans » précise-t-il. Attribuant le fait que le peuple turc soit peu intéressé par la musique classique à cause de sa faible présence dans la presse écrite et audio-visuelle, M. Ertungealp ajoute que l’intérêt vis-à-vis des formes de musique traditionnelle n’a pas seulement décliné en Turquie, mais à travers le monde. L’illustre chef d’orchestre explique cette situation par l’expansion de la culture populaire : « nous vivons sur des terres dont l’histoire et la culture sont vieilles de plus de dix mille ans » dit-il. Pour lui, « Des populations issues de plus de 40 groupes ethniques différents vivent sur les terres anatoliennes » avec des « musiques traditionnelles (…) différentes d’un village à l’autre, or malheureusement cela ne semble intéresser personne ». Soucieux de faire connaître son métier auprès du grand public, il explique que « le musicien au sein de l’orchestre n’a que sa partition devant lui ». « Chaque musicien joue un air particulier et ignore ce que les autres jouent » explique-t-il. « C’est pour cette raison que le chef d’orchestre intervient et joue en quelque sorte le rôle d’arbitre » ajoute-t-il. Alpaslan Ertungealp insiste, enfin, sur l’importance de reconstituer l’ambiance propre aux genre musicaux. « Si nous jouons une oraison funèbre, il est nécessaire de créer une atmosphère de pesanteur, s’il s’agit d’une musique joyeuse, il est nécessaire de faire ressentir une atmosphère de légèreté et d’allégresse » conclut-il.
