La peur sécessionniste retarde la paix avec les Kurdes

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Alors que la question du statut des Kurdes se repose à l’occasion de la nouvelle Constitution,  celle de 1921 prévoyait déjà une autonomie en Turquie. Pour la chroniqueuse Lale Kemal, la « phobie de la désintégration turque est l’un des principaux obstacles » à la résolution de la question kurde.

 

La Constitution de 1921 stipulait l’autonomie pour les Kurdes mais cela reste un secret de polichinelle. Cette réalité a été censurée par la déformation de l’Histoire officielle, en particulier dans les textes contenant les remarques du fondateur de la Turquie, Mustafa Kemal. Les documents authentiques, tel que la conférence de presse d’Atatürk dans la ville d’Izmit en 1923, cite Mustafa Kemal parlant des paramètres d’autonomie tels qu’ils étaient stipulés dans la Constitution de 1921. Mais depuis, la Turquie dirigée par les militaires et résolument laïque a poursuivi des politiques qui ont systématiquement déformé les faits, non seulement sur la question kurde, mais aussi dans beaucoup d’autres domaines, trompant le public et les empoisonnant avec des informations erronées. Cet endoctrinement a, entre autres, créé une perception dangereuse et fausse dans la reconnaissance des droits des Kurdes.

Le « double Etat » turc

Ainsi, l’interdiction de parler et d’apprendre leur langue mènerait par exemple la nation turque à la désintégration. Incompétents et corrompus, les hommes politiques étaient soumis à la pression de l’armée avec laquelle ils ont collaboré par intérêt. Par conséquent, cette lutte contre le PKK qui a duré presque 26 ans a été laissée aux mains des militaires et a continué à produire des morts. Un rapport récemment publié par le TESEV, la Fondation des études économiques et sociales turques, un think tank libéral basé à Istanbul, a révélé que le problème sous-jacent dans l’échec d’une solution aux problèmes kurdes a été l’absence d’un Etat turc unifié. Il s’agit du système de « double Etat » composé d’une part, par des bureaucrates nommés par les militaires, ayant toujours leur mot à dire dans les affaires politiques de la Turquie, et d’autre part, des autorités élues, mais impuissantes à gouverner la nation. Et c’est l’existence d’un tel système qui a empêché le fonctionnement d’un Etat unifié. Cengiz Çandar, un éditorialiste turc, auteur du rapport TESEV à propos des Kurdes nouvellement libérés, cite la conversation d’un haut-fonctionnaire avec Abdullah Öcalan, le chef du PKK, emprisonné depuis 1999. « Il n’y a donc eu aucune difficulté à avoir des pourparlers avec Öcalan. Mais le problème est en nous-mêmes [la Turquie]. Nous n’avons pas encore été en mesure d’agir comme un seul Etat », a déclaré ce fonctionnaire, d’après Çandar. Les réformes démocratiques de ces dernières années ont bien fait pencher la balance en faveur des autorités élues tout en affaiblissant le système de la tutelle militaire. Cela a permis au gouvernement d’entreprendre des politiques pour résoudre la question kurde ainsi que la question du PKK. Toutefois, l’endoctrinement du public par l’Etat concernant la question kurde a été difficile à effacer à court terme. La « phobie de la désintégration » turque est l’un des principaux obstacles dans la réponse à certaines revendications, comme leur droit à l’apprentissage de la langue kurde dans un système autonome reconnu.

 

Une amnistie pour déposer les armes

Dans son dernier rapport, Çandar diagnostique à juste titre que l’existence du PKK est le résultat des questions kurdes non résolues. A partir de ce constat, nous pouvons parvenir à la conclusion que l’Etat qui ne parvient pas à élaborer les politiques nécessaires à la résolution du problème du PKK, ne parviendra pas à en saisir l’essence. Des mesures tels que l’introduction d’une amnistie générale ou la mise en résidence surveillée d’Öcalan, seraient des éléments de base qui permettraient au PKK de déposer les armes. L’échec de la Turquie face au soulèvement kurde armé a donc compliqué la situation. Cette négligence a également incité les Kurdes à présenter des demandes radicales qui ont rendu la situation plus difficile. Les suggestions faites par Çandar dans son rapport TESEV comprennent une redéfinition de la citoyenneté dans la nouvelle Constitution qui vise à donner un nouveau statut aux Kurdes. Le rapport décrit notamment Öcalan comme un associé très important assumant le rôle de partenaire dans la recherche d’une solution à ce problème, selon les termes de Çandar. C’est difficile à dire mais actuellement, ni le gouvernement, ni les Turcs en général ne sont assez mûres pour reconnaître les droits des Kurdes. Quatre-vingt dix ans plus tôt, ces droits avaient été reconnus par la Constitution de 1921, mais suspendus par un Etat craignant la désintégration.

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