La Planque : les quartiers populaires font leur cinéma

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Le film La Planque, sorti mercredi et produit par Kalid Bazi, Jalil Naciri et Luc Besson, raconte comment quatre braqueurs dans l’impasse ont l’idée saugrenue de se cacher dans un commissariat, avec l’espoir que personne n’y viendra les chercher. Reprenant l’intrigue d’un court-métrage homonyme, remarqué par Luc Besson, Akim Isker, qui a également signé plusieurs épisodes de la série P.J., a réalisé un film drôle et rythmé durant lequel les personnages s’enfoncent toujours plus dans ce qu’ils essayent de fuir. Tout commence quand Kiko (Jalil Naciri, également scénariste et producteur), Gilles (Gilles Bellomi) et Pera (Guillaume Verdier) sortent masqués d’une banque et découvrent que la Fiat Panda de Titi (Ahcen Titi) a disparu. Ce dernier est parti chercher sa fille à l’école avec l’espoir de revenir à temps. Suivront une série de rebondissements burlesques qui mèneront les quatre acolytes à s’enfermer, étape par étape, dans ce qu’ils sont persuadés d’avoir toujours voulu éviter.


« A chaque fois qu’ils veulent s’évader, ils s’enferment »

Si Akim Isker refuse le label « film de banlieue », il concède la place que prend cet univers culturel, naturellement mais discrètement présent dans la trame, qui reste malgré tout faite « par des banlieusards. » Or, ceux du film ont tellement de mal à se sortir des situations compliquées dans lesquelles ils se trouvent, que, fidèles à une sorte de déterminisme de poissards, ils ne font qu’aggraver les choses. D’un grand coffre-fort dans lequel Kiko se cache pour entrer dans la banque jusqu’au lieu de rassemblement de centaines de policiers, les braqueurs toujours à l’étroit ne font qu’élargir la taille de l’enclos, sans jamais pouvoir en sortir. « A chaque fois qu’ils veulent s’évader, ils s’enferment » confirme le réalisateur, qui évoque les difficultés à briser les chaînes de l’enfermement, qui est d’abord mental. Tout se passe dans la tête de ces personnages, à l’image de l’excellente bande-originale funk-soul, signée Kalid Bazi, également producteur du film, qu’ils ne cessent d’entendre, peut-être plus que le spectateur. Car la musique, dont la BO vient de sortir, est un personnage à part entière. Elle rythme chaque geste, s’arrête dans les moments de doute, et repart avec le personnage.

L’éducation à l’image dans les quartiers populaires


Cette musique marque l’identité du collectif d’artistes qui ont porté le film. Car il est difficile de parler de La Planque sans s’attarder sur la maison de production Alakis’ dont l’équipe est majoritairement issue. L’expression « A la Kiss » signifie « A l’ancienne », en référence à une boîte de nuit fréquentée par les grands frères à la fin des années 70. C’est avec la création, en mai 2002, du Kiss Club Théâtre et la mise en scène de la pièce Bleu à l’âme que l’aventure commence. Suivront Le Shtar, premier long métrage du collectif, Les Lascars du Showbizz, une série de sketchs (Les Rageux) et le court-métrage La Planque. L’éducation à l’image dans les quartiers populaires reste au cœur des projets du collectif, qui organisa à deux reprises un festival cinématographique populaire urbain en Seine-Saint-Denis, avec pour invités d’honneur le réalisateur Gérard Vergez et Antonio Fargas, alias Huggy les bons tuyaux. Kalid Bazi, qui évoque l’« implication citoyenne à la base du film », insiste sur la nécessité de poursuivre ce type d’initiatives, avec notamment une nouvelle édition du festival, prévue pour octobre prochain, et une suite pour La Planque. Pour lui, l’esprit de ce collectif qualifie l’identité même du film qui se veut le produit d’un « vrai travail sur le lien social dans les quartiers populaires. » Or, ces espaces sont tissés de personnages aussi sympathiques que caricaturaux comme « le mytho, l’étudiant, le p’tit nerveux, le champion de boxe, le grand frère modèle » ; des personnages, qui au sens propre du terme, jouent la comédie. Grossissant certains traits, le cinéma, précise Kalid Bazi, « est pour eux un miroir où l’on peut porter sur soi un regard critique. »

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