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La question arménienne entre histoire et politique

Mots clés : Tribune libre

En visite officielle en Arménie, Nicolas Sarkozy a tenu un discours classique sur la question du « génocide arménien » qu’il a qualifié de « réalité historique. » « Le négationnisme collectif est pire que le négationnisme individuel » a-t-il dit sans avoir idée des changements de mentalité en cours en Turquie. Peut-être se donnera-t-il la peine de rester quelques heures de plus en Turquie lors de sa prochaine visite (en référence à sa visite éclaire de deux heures à Ankara, il y a quelques mois) ! La déclaration de Nicolas Sarkozy est à l’image de l’opinion française sur cette question : « les Turcs ont commis un génocide sur les Arméniens. » Un point c’est tout ! Sauf que la très grande majorité de ceux qui défendent bec et ongles cette thèse n’a très souvent pas la moindre connaissance du sujet. Peut-être est-ce le résultat d’une politique de bourrage de crâne dont les origines remontent au début du XXe siècle où les puissances occidentales cherchaient à récupérer ces thèmes à des fins colonialistes, aujourd’hui à des fins politiques ? Pendant que la France s’efforce de punir la négation du « génocide arménien », la Turquie et sa société civile, contrairement aux accusations implicites de « négationnisme collectif », s’engagent depuis quelques années sur la voie de la « confrontation avec son histoire. » Mais cette histoire ne saurait être l’histoire « partisane » que la France cherche à ancrer à coups de décrets et de menaces. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la tragédie du peuple arménien, ni de soutenir la thèse officielle de l’Etat turc, quoique la vérité se trouve quelque part entre ces deux versions. Il s’agit simplement d’attirer l’attention sur le fait qu’une méconnaissance générale entoure le sujet. Il est aisé de qualifier de génocide celui des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, celui des Tutsis au Rwanda ou encore celui des Bosniaques à Srebrenica tant les preuves sont incontestables et tant ils furent exécutés d’une manière méthodique. Mais dans le cas des Arméniens, les choses sont plus compliquées qu’elles n’y paraissent. Une histoire si complexe (guerre mondiale sur fond de guerre civile)  qui, de surcroit, comporte encore de nombreuses inconnues – il n’existe pas d’études s’appuyant sur des sources fiables – ne peut être interprétée d’une manière si simpliste.

 

Doctorant en histoire

Paris

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