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La question kurde a divisé la Turquie en deux

La question kurde qui divise l’appareil politique et la justice turque voit s’opposer deux conceptions du problème. Une gestion sécuritaire privilégiée par la justice et une voie plus politique préférée par le gouvernement et les services de renseignement. Pour le chroniqueur Mümtaz’er Türköne, « il doit exister une voie intermédiaire » associant le respect de la loi au facteur psychologique de ce conflit.

Le mouvement séparatiste kurde a été incapable de diviser le territoire turc ou bien d’établir un Etat kurde indépendant, mais il a réussi à créer de profondes dissensions au sein de la Turquie, qui se retrouve divisée en deux camps. Des rapports prétendent que le Parti terroriste des travailleurs du Kurdistan (PKK) poursuivait ses attaques après un hiatus imputable aux difficiles conditions climatiques de l’hiver. Les différentes parties qui s’affrontent sur la question kurde devraient être considérées comme des factions engagées dans une lutte de pouvoir. Les militaires ont commencé à perdre leur mainmise en politique. Or, le vide laissé derrière eux est si important que ni le gouvernement démocratiquement élu, ni le pouvoir législatif ne parviendront à le combler. Ayant obtenu davantage d’autonomie suite aux dernières réformes constitutionnelles, le pouvoir judiciaire s’efforce de combler ce vide en constituant un front politique fort.

Deux stratégies s’affrontent
La nature délicate de la question kurde contribue à cristalliser davantage l’opposition entre les services secrets et le pouvoir judiciaire. En réalité, plusieurs factions s’affrontent, mais la confrontation les a rassemblés en deux blocs. Le premier est convaincu que la question kurde ne peut être résolue autrement que par la voie de la lutte antiterroriste. Si l’Etat conduit une lutte efficace contre le terrorisme du PKK tout en demeurant dans un cadre légal, la question kurde deviendra alors un problème pouvant être résolu facilement. A ces fins, l’Etat doit faire son devoir et détruire le PKK ainsi que ses alliés, tels que l’Union des communautés kurdes (KCK). Cette vision apporte automatiquement son lot de mesures sécuritaires. Le second bloc privilégie une solution politique au problème, tenant compte de la psychologie de l’organisation et des populations habitant la région, et visant à convaincre le PKK de déposer les armes, ce qui implique de devoir négocier, et avec le PKK, et avec les habitants du sud-est anatolien. Le premier point de vue est généralement adopté par le pouvoir judiciaire, tandis que le second point de vue est davantage soutenu par le gouvernement, y compris les services de renseignements (MIT). Cette polarisation a été relativement visible pour ceux qui observent de près les évolutions concernant la question kurde. Personne ne s’attendait toutefois à un affrontement d’une telle pugnacité. Si nous envisageons cette affaire sous la seule perspective de la question kurde, quelle vision est la plus juste ? Laquelle des deux est capable de trouver une solution à la question kurde ? Personnellement, je pense que nous avons besoin des deux.

Les divisions internes des mouvements kurdes
La loi devrait continuer à être de rigueur, en même temps que la dimension psychologique de la question pourrait être maniée avec une certaine marge de manœuvre. Il doit exister une voie intermédiaire. Une dissension tout aussi importante a lieu entre le PKK et le Parti pro-kurde pour la paix et la démocratie (BDP). Les membres du BDP élèvent la voix contre le leadership du PKK dans les monts Kandil afin de tenter de trouver une solution par la voie de la négociation. Ils proposent que le dirigeant du PKK emprisonné, Abdullah Öcalan, qui avait précédemment été écarté par Kandil, soit la personne avec qui l’on puisse mener des négociations. C’est probablement pour cette raison qu’Aysel Tugluk, le porte-parole de la branche du BDP en faveur des négociations, a très vite fait une déclaration et proposé son soutien au sous-secrétaire du MIT, Hakan Fidan, ainsi qu’à l’équipe du MIT. Appeler le sous-secrétaire du MIT à témoigner en tant que suspect va également à l’encontre du principe en vertu duquel l’administration doit se positionner dans la lignée du parti. En outre, pas une seule armée ne sortira vainqueur de cette bataille en voulant tout contrôler.
m.turkone@todayszaman.com





 

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