La responsabilité politique du mouvement Gülen

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Alors que la vie politique turque est secouée par l’ouverture d’une enquête sur de hauts placés du MIT, chacun se demande qui est à l’origine de cette affaire. Pour le chroniqueur Etyen Mahçupyan, le mouvement Gülen doit dès à présent assumer ses responsabilités politiques, afin d’éviter toute manipulation.

Ces derniers jours, l’un des sujets les plus commentés est certainement la question du «mouvement». Le mouvement Gülen est devenu une figure politique et sa force sociétale réside dans ses efforts de transformation en force politique. L’événement majeur, dans ce débat, a été la demande d’ouverture d’une enquête sur le sous-secrétaire du MIT, Hakan Fidan, l’ancien sous-secrétaire Emre Taner, ainsi que sur trois autres membres du MIT. Le MIT, en entretenant des relations proches avec le PKK, aurait ainsi dépassé le cadre de sa légitimité, déjà mise à mal par les rencontres d’Oslo. Cependant, l’initiative des procureurs n’est pas encore juridiquement terminée. Grâce à la modification de la loi votée en urgence par le gouvernement, l’autorisation d’enquête dépend du cabinet du Premier ministre, et même si cette permission n’est pas accordée, la décision finale appartiendra au Conseil d’État. Les procureurs étant très insistants sur la question des cercles proches du gouvernement, il apparaît quasiment certain que le Conseil d’État ouvrira l’enquête. 
 
L’AKP mis en difficulté politique par l’affaire MIT
Le lecteur se demandera sûrement quel est le lien entre cette affaire et le mouvement Gülen. C’est pourquoi quelques rappels sont nécessaires. Tout d’abord, soulignons qu’aujourd’hui, en Turquie, il existe quatre forces politiques actives : l’AKP, le PKK, Ergenekon et le mouvement Gülen. Nous traversons en effet une période où l’influence des partis d’opposition est inexistante, où une bureaucratie de sécurité est au contraire présente dans la bataille politique, et où l’influence des perceptions sociales est forte. Ensuite, le gouvernement semble incapable de trouver des solutions aux problèmes majeurs. Elles sont sans cesse reportées, à tel point que l’AKP pourrait devenir un parti «parapluie». En d’autres termes, le positionnement des trois autres acteurs politiques, conjugué à l’absence de décisions politiques de la part du gouvernement risquent fortement de mener à une crise. Dès lors, l’AKP s’est mis lui-même en difficulté avec l’enquête sur le MIT. La décision évidemment politique du procureur ne pouvait cependant pas avoir été prise de manière personnelle. Il fallait donc que ce soit l’une des forces politiques d’arrière-plan qui soit à la base de cette affaire. D’autre part, le fait que les réformes du système judiciaire et des services de police ait ouvert la voie aux sympathisants du mouvement Gülen, et que ces personnes aient formé des réseaux naturels entre elles n’est plus un secret. Autrement dit, soit Ergenekon, soit des membres proches du mouvement Gülen seraient à l’origine de la crise du MIT. 
 
Le mouvement Gülen doit prendre ses responsabilités
Le contenu de l’enquête à l’encontre des services secrets turcs a perdu son importance parce qu’il était évident que la cible principale du gouvernement était la question kurde. La population s’en est vite rendu compte en accédant aux documents incriminant le sous-secrétaire du MIT, publiés par la chaîne de télévision Samanyolu et le journal Bugün (connus comme étant proches du mouvement Gülen). Donc essayer d’attirer l’attention sur les aspects factuels de l’enquête reste vain, parce que dans tous les esprits l’AKP et le mouvement Gülen sont en conflit. Cependant, comme au moins 95 % du mouvement n’a pas la moindre idée de tout cela, les membres dans leur grande majorité sont des électeurs de l’AKP. De plus, le mouvement Gülen peut constituer une vraie mobilisation sociale et la démocratisation de la Turquie représente dans ce contexte l’un des éléments les plus importants de ces 25 dernières années. D’autre part, les membres du mouvement, en étant présents dans la bureaucratie, se sont assurés qu’il n’y ait aucune possibilité de retour en arrière. Le mouvement n´avait d’autre part pas complètement réalisé l’étendue de ses responsabilités : si vous avez un pouvoir d’intervention dans la sphère publique, cela signifie que vis-à-vis de la société, et même de vos propres adhérents, vous avez des responsabilités. La façon de l’assumer dépend bien sûr de la décision du mouvement, mais le silence n’est certainement plus une bonne stratégie. La société a besoin d’entendre dans un premier temps une promesse de principe de la part du mouvement Gülen sur son intervention dans le champ politique. Ignorer cette responsabilité pourrait mener à une période plus problématique. Parce qu’en effet, bien qu´étant puissants, ceux qui s’abstiennent de prendre leurs responsabilités publiques deviennent alors extrêmement manipulables, et peuvent permettre involontairement la présence d’infiltrés dans des affaires telle que celle d’Ergenekon. Le mouvement Gülen doit connaître sa valeur et prendre ses responsabilités.
 
e.mahcupyan@zaman.com.tr
Paris

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