Par Emre Demir | jeu, 05/01/2012 - 12:44
Trente cinq villageois kurdes ont été tués le 28 décembre dans le village d’Uludere à la frontière turco-irakienne à la suite de raids aériens de l’armée turque. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a promis une enquête approfondie sur ce raid en insistant bien sur le fait qu’il s’agissait d’une bavure de l’Etat. La Turquie paiera par ailleurs des réparations aux familles de villageois tués. Véritable désastre humanitaire, l’affaire d’Uludere est sans doute le plus grand fiasco de ce troisième mandat de l’AKP. Depuis quelques mois, le gouvernement avait durci le ton contre le PKK et multiplié les opérations militaires dans la région. Après l’échec des négociations de paix avec Abdullah Öcalan au début du mois de septembre 2011, Ankara avait privilégié à nouveau l’option militaire dans son combat contre le terrorisme. L’affaire d’Uludere vient une fois encore de démontrer que ce type d’option ne suffira pas à résoudre la question kurde qui est essentiellement liée aux déficiences démocratiques de la Turquie. Contrairement à une idée reçu souvent relayée dans l’opinion publique, la majorité des Kurdes ne soutiennent pas le parti BDP et l’organisation terroriste PKK, la moitié d’entre eux ayant voté pour l’AKP lors des dernières élections. En accordant leur confiance au parti d’Erdogan, ceux-ci réclamaient plus de démocratie et une meilleure reconnaissance de leur identité. La bavure de l’armée turque, en dépit de son caractère tragique, aura peut-être le seul mérite de remettre sur la table cette question kurde et la nécessité de poursuivre le processus démocratique en Turquie. L’expansion des droits de l’homme et de la démocratie sont les seules solutions durables pour mettre un terme au terrorisme. Jusqu’à présent, les promesses du gouvernement de faire adopter une nouvelle Constitution civile, attendue par 80 % des Turcs et des Kurdes, ne se sont pas concrétisées. Il s’agit pourtant de l’unique moyen de sortir pacifiquement de cette crise qui est et demeure fondamentalement politique.
