Le 11 septembre a libéré l’islamophobie occidentale

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L’islamophobie, conséquence durable du 11 septembre, n’a pas reculé dix ans après. Pour Hilal Elver, professeur à l’université de droit de McGill au Canada, « Il est urgent d’inverser cette poussée » de la discrimination anti-musulmane, notamment aux Etats-Unis où les musulmans américains voient certains de leurs droits bafoués.
 
Dix ans après le 11 septembre 2001, la peur de l’extrémisme musulman s’est transformée en une haine de l’islam en tant que religion et par ricochet en une haine des musulmans. Le monde a changé depuis ces attentats et des gens qui vivaient en Afghanistan ou en Irak ont été les premières victimes des représailles militaires des Etats-Unis. Quant au réseau d’Al Qaïda, selon un récent rapport de la CIA, il est en voie de dissolution, surtout depuis l’exécution de Ben Laden au Pakistan. Pourtant les musulmans vivant aux Etats-Unis et en Europe doivent faire face à des difficultés quotidiennes de plus en plus importantes. Ces difficultés sont la conséquence des stéréotypes sur l’islam et les musulmans qui engendrent une islamophobie de grande envergure.
 
L’origine de l’islamophobie aux Etats-Unis
 
Alors que l’islamophobie semble être un phénomène récent, il est important de comprendre que la discrimination envers les musulmans a une longue histoire et qu’elle s’est développée différemment aux Etats-Unis et en Europe. Dès le début du XXe siècle, les Etats-Unis ont accueilli des immigrants originaires des territoires ottomans. Des sources historiques prouvent que ces « Ottomans » n’ont pas reçu un accueil aussi chaleureux que celui réservé aux Européens. Néanmoins, ils n’ont pas été les seuls à souffrir de l’identité blanche et protestante dominante aux Etats-Unis. En effet, les afro-américains ont longtemps souffert de graves discriminations raciales. Dans les années 1980, en raison de la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient – du conflit palestinien à la révolution iranienne –  la discrimination envers les musulmans américains a progressé avec la hausse de la propagande anti-musulmane et anti-arabe encouragée par les groupes religieux extrémistes et le lobby pro-israélien. La loi sur l’immigration a été utilisée contre les musulmans et le Congrès américain a adopté une nouvelle loi connue sous le nom de Patriot Act. Cette loi offrait une grande latitude au gouvernement pour s’immiscer dans la vie privée des citoyens. Certains hommes de confession musulmane ont dû se rendre au service d’immigration et de naturalisation pour un « enregistrement spécial. »
 
50 % des Américains jugent l’islam négatif
 
Des musulmans ont fait l’objet de restrictions sur les vols internationaux tandis que d’autres se sont vus refuser leur entrée aux Etats-Unis. Des enquêtes ont visé des associations caritatives musulmanes et certaines ont été démantelées. Les droits civiques de tous les citoyens américains ont été largement réduits, tout comme ceux des musulmans. Les réactions islamophobes étaient sporadiques et, au début, n’ont pas été prises très au sérieux. George W. Bush a alors envoyé un message au monde entier pour dire que l’islam en tant que religion n’était pas ciblée. Un sondage a néanmoins démontré qu’en 2011 près de la moitié de la population avait une vision négative de l’islam. Ce chiffre était de 24 % en janvier 2002. Plus de la moitié des Américains pensent que les violences extrémistes sont encouragées par l’islam, plus que par n’importe quelle autre religion. Ces résultats sont étonnants car une grande majorité de la population américaine sait très peu de chose sur l’islam et la plupart ne connaissent pas un seul musulman.
 
Une mosquée à Ground Zéro ?
 
Contrairement à ce qui se passe en Europe, la question de la construction de nouvelles mosquées n’est que très récemment devenue un combat politique aux Etats-Unis. Dans ce pays, le premier amendement de la Constitution garantie une liberté de religion très étendue à tous les groupes confessionnels et à leurs adeptes. Par conséquent, la polémique sur la construction d’un centre musulman nommé Alhambra à New York est inhabituelle. Les opposants à ce projet ont avancé le fait que l’édifice se trouvait trop près du site touché par les attentats du 11 septembre. D’autres ont déclaré que le terme Alhambra rappelle la domination musulmane en Europe. Le projet a alors été renommé Park 51, mais la polémique s’est poursuivie. Michael Bloomberg, le maire de New York, est allé à contre-courant des opposants au projet et leur a rappelé les principes constitutionnels. L’an dernier, Terry Jones, un pasteur protestant  en Floride, a organisé une « journée pour brûler le Coran » en souvenir des victimes des attentats du 11 septembre. La Maison Blanche, qui s’inquiétait des répercussions possibles sur ses soldats, lui a demandé d’arrêter. En réponse à cette provocation moyenâgeuse, des habitants en Afghanistan ont investi le bâtiment des Nations unies et ont tué plus d’une dizaine de personnes. Il est donc urgent, dix ans après les attentats du 11 septembre, d’inverser cette poussée de l’islamophobie. 

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