Par SINAN ONCUOGLU | jeu, 02/02/2012 - 11:43

Le premier court-métrage du réalisateur franco-turc, Hüseyin Aydin, intitulé La Quatorzième qui questionne le dilemme entre vocation artistique et obligations professionnelles met en scène les aspirations personnelles du cinéaste confronté aux mêmes questionnements.
Le premier court-métrage La Quatorzième du jeune réalisateur franco-turc, Hüseyin Aydin, sera visionnable gratuitement sur internet jusqu’au 4 février. Une bonne occasion pour ceux qui ne l’avaient pas encore vu de découvrir ce film de dix minutes, sélectionné cette année pour une rencontre et trois festivals, dont le 23e Festival du film international d’Ankara. Hüseyin Aydin pose dans son film la question du choix professionnel, de ce qu’est la réussite et du courage qu’il faut pour se lancer dans une carrière artistique. Le personnage d’André, interprété par Jacques Pratoussy, est un avocat cinquantenaire réputé pour les procès qu’il a gagnés. Raphaël, joué par Guillaume Rousselet, est quant à lui un jeune diplômé en droit qui entame son premier emploi. André se revoit au travers de Raphaël. Il se rappelle que, plus jeune, il voulait devenir pianiste et puis qu’il a laissé tomber pour devenir avocat. Devenir artiste, peintre, écrivain, photographe ou réalisateur : voilà un rêve que beaucoup partagent ou ont partagé, même si la réalité rattrape souvent le rêve artistique et l’écrase. La pression familiale, le manque de courage, la nécessité de travailler pour vivre, autant de raisons qui peuvent contraindre celui qui rêve trop à voir s’éteindre son âme d’artiste. Ce déchirement vécu par l’artiste qui sommeille en l’homme est le sujet central du film de Hüseyin Aydin. On y observe l’oubli progressif de ces ambitions artistiques au profit des études, de la formation professionnelle ou d’un emploi. Jusqu’au moment où il ne reste plus que des regrets.
Conserver une voie de secours professionnelle
Hüseyin Aydin, qui a écrit, produit et réalisé le film, avoue être directement concerné par le sujet de son court-métrage. C’est d’ailleurs, explique-t-il, en réfléchissant sur sa propre situation qu’il s’est dirigé vers l’écriture d’un tel scénario. Né en 1988, il a suivi des cours de théâtre dès l’âge de sept ans. Au bout d’une formation de dix ans, Hüseyin Aydin s’est progressivement consacré au cinéma et à la réalisation. Si ses parents n’ont jamais bridé sa fibre artistique, ils voulaient néanmoins que leur fils conserve une voie de secours. « Après l’IUT, j’avais le choix entre faire des études en informatique et une école de cinéma », raconte Hüseyin Aydin. « Je devais rassurer mes parents en ayant un diplôme sûr, c’était un peu notre pacte », ajoute-t-il. Après avoir réalisé quelques courts-métrages amateurs non diffusés, et co-fondé sa société de production, Quadrangle Productions, le cinéaste franco-turc nous livre ainsi un film bien pensé, qui donne à réfléchir sur un sujet essentiel. Doit-on forcément sacrifier ses aspirations artistiques aux nécessités matérielles imposées par la société ? Et le monde peut-il se passer de ses artistes ? Autant de questions auxquelles La Quatorzième de Hüseyin Aydin apporte ses propres réponses.
