Le dernier défi d'Erdogan : la nouvelle Constitution

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Le Parti de la Justice et du Développement (AKP) a remporté les élections législatives à l’issue d’une victoire écrasante, mais les 326 sièges du Parlement ne seront pas suffisants pour lui permettre d’adopter seul une nouvelle constitution, pour laquelle il fallait 330 sièges. Le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), est venu en seconde position, avec 25,9 % des voix et 135 sièges, suivi du Parti de l’action nationaliste (MHP) avec 13 % des voix et 53 sièges. Outre l’AKP, le parti pro-kurde BDP (Parti de la paix et de la démocratie) est lui aussi sorti vainqueur du scrutin, passant de 20 à 36 sièges. Erdoğan a pris acte du scrutin et s’est dit prêt à « bâtir une nouvelle constitution via le consensus et la négociation. » C’est là le principal défi pour la Turquie actuelle, régie par un texte adopté en 1982 sous la loi martiale, deux ans après un sanglant coup d’Etat militaire. Les leaders politiques ont longtemps aspiré à le remplacer par une constitution civile mais ils n’ont pas réussi à aboutir aux compromis nécessaires. Les résultats de dimanche dernier ont relancé l’espoir d’une nouvelle constitution, qui sera nécessairement le fruit d’une conciliation.

Le poids des divisions internes

L’AKP devra pourtant s’entendre avec le principal parti d’opposition. Le leader du CHP a salué la progression de son parti, qui n’avait pas obtenu autant de voix depuis trois décennies. Pourtant, ce score reste une déception pour le parti héritier du kémalisme qui espérait un minimum de 40 %. D’autant que le CHP n’a jamais réussi à constituer seul un gouvernement depuis l’instauration du multipartisme en 1950. La victoire du parti de l’opposition est contestée par son ancien leader Deniz Baykal, qui avait dû démissionner à la suite d’un scandale sexuel. Selon une information du journal Milliyet, Baykal aurait refusé de voir les résultats comme une victoire sous prétexte d’une augmentation des voix. Si le CHP s’est dit prêt à un compromis avec le parti au pouvoir, ce dernier craint de subir les divisions internes de l’opposition. Le député CHP de Konya Atilla Kart a confié à Zaman sa satisfaction de voir l’AKP envisager de rédiger une nouvelle constitution par voie de consensus politique. Mais le parti au pouvoir craint que le projet soit malmené par les divisions internes au sein du CHP et du MHP, qui se sont fait entendre au lendemain de l’échec des deux partis aux élections. Le vice-président de l’AKP Salih Kapusuz redoute ainsi que « les troubles au sein du CHP et du MHP [n’aient] des effets négatifs sur le travail de préparation d’une nouvelle constitution ».

Le conflit des « lignes rouges » des partis

La deuxième difficulté qui attend la future constitution vient des positions des différentes formations politiques qui ont des « lignes rouges » opposées. L’expression fait référence en Turquie aux principes idéologiques que chacun des partis franchira difficilement. Si l’AKP, le CHP et le MHP sont favorables au maintien des trois premiers articles de la Constitution qui sont irrévocables, le BDP, qui sera représenté par 36 sièges au Parlement, ne sera pas d’accord. Le parti pro-kurde insiste sur la nécessité de modifier ces articles qui définissent la Turquie comme une république démocratique et laïque avec le turc comme langue officielle. Si le leader de l’AKP voudrait un régime présidentiel, le CHP a déclaré qu’il s’opposerait à tout changement constitutionnel qui ouvrirait la voie à un tel système. D’ailleurs, il est peu probable qu’un projet de nouvelle constitution soumise à un référendum comprenne un tel article. L’autre difficulté touche la langue maternelle. Le BDP est un fervent partisan de la scolarisation dans la langue maternelle. En Turquie, la langue officielle dans l’éducation est le turc, et quelques autres langues sont proposées en option. Les trois autres partis au Parlement ne sont pas favorables à un enseignement officiel en kurde, craignant à terme les risques de division géographique de la Turquie. Le BDP a fait savoir qu’il n’a pas l’intention d’apporter un soutien aux efforts pour une nouvelle constitution, si le document ne permet pas l’éducation dans la langue maternelle. Pourtant Hasip Kaplan, un député BDP de Şırnak, a confié à Zaman que son parti n’a pas de lignes rouges pour la nouvelle constitution. « Chaque question devrait être ouverte au débat, les Constitutions ne sont pas des documents sacrés » a-t-il déclaré en ajoutant que les trois premiers articles devraient pouvoir être débattus. En outre, le CHP risque de s’opposer au gouvernement sur de nombreux points. Le principal parti d’opposition souhaite des cours de religion non-obligatoires, la restructuration de la Direction des affaires religieuses et l’abolition de la Commission de l’enseignement supérieur (YÖK). L’AKP et le MHP sont opposés à l’inclusion de tels changements dans la nouvelle constitution.

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