Le gouvernement turc doit se ressaisir

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Pour la première fois depuis la transition vers le multipartisme en 1950, le Parti de la justice et du développement (AKP) dirigé par le Premier ministre Erdogan a réussi à rassembler les conservateurs anatoliens, les Kurdes et les démocrates libéraux autour de son projet politique. Cette dynamique inédite a transformé profondément la Turquie en dix ans. Alors que l’arrivée au pouvoir de l’AKP dans un contexte de confrontation politique avec l’armée avait ouvert un processus de démocratisation en Turquie, Erdogan a adopté des réformes démocratiques qui ont conduit à l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Union européenne. Il a été l’homme politique le plus courageux dans la reconnaissance de l’identité kurde et il a négocié avec le PKK pour trouver une solution pacifique au problème kurde. L’influence des militaires dans la vie politique  diminua dès lors que l’AKP introduisit ces réformes démocratiques. Mais depuis la victoire écrasante de l’AKP en 2011, l’absence d’opposition réelle commence à produire les effets contraires. Aujourd’hui, une partie des électeurs craint que l’AKP ne soit devenu un nouveau parti d’Ankara, qui gaspille son énergie pour intégrer le statu quo, héritage du jacobinisme politique du kémalisme. Une proposition de loi de l’AKP pour relâcher les suspects des affaires Ergenekon et Balyoz au nom de la démocratisation renforce ces inquiétudes. Aujourd’hui, les réformes démocratiques sont au point mort. L’espoir de trouver une solution au conflit kurde s’est effondré après la tragédie d’Uludere qui a causé la mort de trente cinq villageois kurdes. Les négociations pour la nouvelle Constitution sont bloquées à cause des discussions pour une éventuelle transition au système présidentiel. Les critiques se multiplient autour des dérives autoritaires. Si l’AKP ne change pas sa ligne politique réformiste qui a permis trois victoires électorales consécutives, Erdogan peut perdre les atouts sociaux, politiques et économiques qui lui feraient remporter une quatrième victoire électorale. Les électeurs de l’AKP ont toujours voté pour une démocratie renforcée. Pour la première fois, ils sont inquiets.

e.demir@zamanfrance.fr
Paris

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