Le grand écart turc entre Washington et Téhéran

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Comment être à la fois l’ami de Washington et de Téhéran? Comment condamner le régime syrien que soutient l’Iran ? L’ambitieuse diplomatie turque fait le grand écart, une posture qui peut être risquée, comme le montre le dossier nucléaire iranien. L’Iran a fait savoir mercredi qu’il souhaite tenir en Irak, et non plus à Istanbul, les discussions prévues mi-avril avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé. «La Turquie est désormais exclue (par) le Parlement et le gouvernement (iraniens). Nous avons proposé Bagdad et si l’autre partie l’accepte, ce sera Bagdad», a déclaré le chef de la Commission des Affaires étrangères au Parlement iranien, Allaeddine Boroujerdi. Le choix d’Istanbul avait été annoncé par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton pour ces discussions entre l’Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne). La Turquie, puissance économique émergente, pays musulman membre de l’Otan, mène une diplomatie hyper-active. Le pays avait accueilli les précédentes discussions sur le nucléaire iranien, en janvier 2011, montrant sa disposition à agir en honnête courtier entre son voisin iranien et les Occidentaux, qui soupçonnent l’Iran de préparer l’arme nucléaire. Les Iraniens, qui défendaient il y a encore une semaine Istanbul comme le meilleur endroit pour renouer ces discussions, veulent-ils punir la Turquie pour avoir accueilli dimanche, dans la même ville d’Istanbul, la Conférence des Amis de la Syrie, qui a apporté son soutien à l’opposition syrienne ? 

 
Des relations mi-figue, mi-raisin
L’Iran soutient le régime du président Bachar al-Assad, qui poursuit une répression sanglante contre ses opposants, tandis que la Turquie a de nouveau condamné le régime de Damas, lors de la réunion d’Istanbul, aux côtés des Américains. Iran et Turquie ne cessent pourtant de réaffirmer leur bonne entente, et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan était de nouveau en visite à Téhéran la semaine dernière. Mais les récentes décisions turques ne sont pas toutes pour plaire à l’Iran. La Turquie a rejeté les sanctions imposées à l’Iran par l’Union européenne et les Etats-Unis, qui tentent de bloquer les exportations du pétrole iranien. Mais elle a aussi été félicitée par Washington, pour avoir réduit de 20 % ses importations de brut iranien. Ankara a aussi accepté l’an dernier sur son sol un radar d’alerte avancée du bouclier antimissile de l’Otan, installation qui vise l’Iran. Téhéran a protesté à plusieurs reprises à ce sujet contre la Turquie, provoquant les explications embarrassées d’Ankara. Allié traditionnel des Etat-Unis, la Turquie, bénéficie du soutien militaire de Washington, dans la lutte contre les rebelles kurdes, épine dans le pied de tous les gouvernements turcs depuis 1984. 
Paris

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